par M. K. BHADRAKUMAR

Ne vous y trompez pas, le gouvernement Modi accuse sans ambages les États-Unis d’être responsables de l’attaque contre des navires dans le détroit d’Ormuz, qui a coûté la vie à sept marins indiens. Des protestations ont été adressées au chargé d’affaires américain à deux reprises en trois jours, la deuxième démarche étant d’un ton nettement plus sévère malgré les informations filtrant de la région du golfe Persique, du Pakistan et des États-Unis selon lesquelles un protocole d’accord aurait été pratiquement négocié en vue de sa signature, levant le blocus naval américain des ports iraniens.
La portée de la démarche indienne réside dans les points suivants :
1. Les États-Unis ont provoqué Delhi, qui a riposté avec détermination — le silence de Washington face aux accusations indiennes est assourdissant.
2. Delhi n’a absolument aucun intérêt à adopter une position médiane répartissant la responsabilité entre Washington et Téhéran (contrairement à ce que certains journaux indiens ont mis en avant).
3. Compte tenu de ce qui précède, il semble logique que Delhi ait entamé une réévaluation complète de son alignement sur l’axe américano-israélien et de la vision illusoire et à courte vue selon laquelle les accords d’Abraham seraient la porte d’entrée vers la paix en Asie occidentale.
4. On peut imaginer que la porte s’ouvre – maintenant qu’il ne s’agit plus que d’une question de temps avant la levée des sanctions contre l’Iran – à un engagement total avec l’Iran, qui va devenir une présence dominante dans la géopolitique de notre région, ce qui, espérons-le, corrigera les distorsions qui se sont glissées dans les stratégies de politique étrangère de l’Inde en Asie occidentale au cours de la dernière décennie.
5. Il s’agit sans aucun doute d’un revirement diplomatique majeur de la part de l’Inde. Les médias internationaux en ont pris note. Les responsables de la politique étrangère s’adaptent avec empressement en temps réel — un spectacle extraordinaire en soi, pour employer un euphémisme, compte tenu de la réticence manifeste à se livrer à une diplomatie publique critique à l’égard des initiatives américaines — aux nouveaux impératifs d’une « relation transactionnelle » avec les États-Unis qui tienne compte non seulement des sentiments nationaux, mais aussi de la situation mondiale ainsi que de la défaite humiliante — sans doute la plus cuisante de l’histoire moderne — des Américains en Asie occidentale.
6. Enfin, et surtout, la position du chef de l’opposition Rahul Gandhi sur les développements en Asie occidentale, qui prône une correction de cap par rapport à l’orientation pro-américaine illogique de la politique étrangère indienne, se trouve justifiée, ce qui impliquerait à son tour l’abandon de l’unilatéralisme dans les initiatives de politique étrangère et un retour au processus de recherche de consensus, qui a historiquement servi les intérêts de l’Inde et faisait autrefois partie intégrante de la culture politique et des traits civilisationnels du pays.