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Etats-Unis, guerre du golfe, Iran, Israël, les gagnants et les perdants
L’Iran s’apprête à réintégrer progressivement l’ordre occidental dirigé par les États-Unis dans certaines limites, exactement comme le souhaitait depuis longtemps la faction modérée iranienne, tandis que la faction radicale a réussi à préserver les forces armées et leur stock de missiles, et qu’Israël n’a atteint aucun de ses objectifs dans ce qui constitue sa défaite la plus cuisante de tous les temps.
L’Iran et les États-Unis prévoient de signer ce vendredi en Suisse un protocole d’accord (MoU) inspiré par Zarif visant à mettre fin à la troisième guerre du Golfe. Les détails exacts ne sont pas encore connus, et Fortune a rapporté qu’il existait au moins trois textes concurrents, mais tous « comportent des éléments similaires concernant la réouverture de la voie navigable vitale du détroit d’Ormuz, l’allègement des sanctions contre l’Iran et l’ouverture de la voie à des négociations à plus long terme sur son programme nucléaire ». Cela suffit déjà pour tirer plusieurs conclusions très importantes.
Pour commencer, la réouverture du détroit sans le péage en « petroyuan » mis en place par l’Iran en temps de guerre représenterait une concession significative de la part de la République islamique, dont les médias ont salué ce modèle comme un jalon historique de la multipolarité. Il en va de même pour la reprise des négociations sur son programme nucléaire, sujet politiquement sensible. L’allègement des sanctions en échange pourrait toutefois en valoir la peine, à en juger par cette estimation des dommages économiques et financiers considérables causés par le blocus (imparfait) des États-Unis.
À ce sujet, il a été expliqué ici fin mars que « les États-Unis auront perdu la troisième guerre du Golfe si la Chine peut continuer à compter sur l’Iran comme fournisseur d’énergie fiable et à bas coût tout en faisant du yuan une monnaie de réserve mondiale qui rivalise avec le pétrodollar », il est donc impératif, du point de vue américain, d’empêcher ces deux scénarios. Le pétroyuan étant apparemment hors jeu, il reste la dépendance de l’Iran vis-à-vis de la Chine pour ses exportations de pétrole, mais l’allègement des sanctions pourrait aider à réorienter progressivement ses ventes (par exemple vers l’Inde) sans perturber le marché.
De même, si les informations concernant un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars pour l’Iran sont vraies (même si le montant final est bien inférieur mais s’élève tout de même à plusieurs dizaines de milliards de dollars), alors les investissements américains et du Golfe dans l’industrie énergétique iranienne pourraient leur permettre de contrôler ses exportations. Il a été estimé en janvier que « les États-Unis veulent reproduire le modèle vénézuélien en Iran », ce qui serait en passe d’être mis en œuvre dans ce scénario. L’interdépendance qui en résulterait pourrait renforcer la sécurité collective et faciliter le retrait régional des États-Unis.
Les factions modérées (« réformistes ») et radicales (« principistes ») de l’Iran atteindraient ainsi certains de leurs objectifs, les premières en ce qui concerne l’allègement des sanctions et les secondes en ce qui concerne la préservation des forces armées du pays (sans doute malmenées) ainsi que de leur stock de missiles, sans parler de leur système politique. Néanmoins, l’équilibre entre les factions aurait basculé en faveur des modérés, car les États-Unis n’auraient pas signé de protocole d’accord si les modérés n’avaient pas pu contrôler les partisans de la ligne dure « rebelles », susceptibles de raviver la guerre.
On peut donc en conclure que les modérés ont battu les extrémistes dans la lutte de pouvoir au sein de l’État profond iranien, mais cela est dû au fait que les États-Unis et Israël ont éliminé des dizaines de figures de proue de la ligne dure, après quoi leurs institutions respectives (en particulier le CGRI) ont été affaiblies et finalement maîtrisées par les modérés. Certes, les partisans de la ligne dure « rebelles » – quelle que soit leur relation avec le CGRI – pourraient encore saboter le protocole d’accord, mais Trump 2.0 est suffisamment confiant qu’ils ne le feront pas, sinon il n’aurait pas procédé à la signature.
Une nouvelle ère régionale est en train de voir le jour, dans laquelle la troisième guerre du Golfe pourrait très bien conduire à la réintégration progressive de l’Iran dans l’ordre occidental dirigé par les États-Unis, bien que dans certaines limites, ce qui jette les bases d’une amélioration des relations avec ses voisins du Golfe. Dans ce scénario, Israël serait perdant, car il ne pourrait plus diviser pour mieux régner sur l’Iran et le Golfe, et les États-Unis ne le soutiendraient pas si, , Israël reprenait les hostilités avec l’Iran en raison de la récente résurgence de la fracture potentiellement irréconciliable entre Trump et Bibi. Israël est donc le grand perdant de cette guerre.