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Trita Parsi

Une certaine confusion règne quant aux raisons pour lesquelles l’ambassadeur de la Chine auprès de l’ONU vient de critiquer la résolution américano-bahreïnienne sur le détroit d’Ormuz, alors que des responsables de l’administration Trump affirment que les Chinois ont déclaré à Donald Trump, lors de sa visite à Pékin, qu’ils étaient d’accord pour que le détroit soit rouvert.

Cette confusion porte peut-être sur la signification exacte du terme « ouvert » dans ce contexte.

D’après mes discussions avec des diplomates chinois, « ouvrir » signifie pour eux que le trafic transite par le détroit. Le pétrole, le gaz et les marchandises entrent et sortent. L’argent circule. Le commerce prévaut.

Cela ne signifie pas qu’il ne puisse pas exister un mécanisme par lequel les États de la région perçoivent une redevance pour le transit. Même avec cette redevance, le pétrole peut continuer à circuler. C’est un blocus, en revanche, qui maintient le détroit fermé – et non la redevance.

Bien qu’ils préfèrent naturellement qu’il n’y ait aucun péage, certaines propositions circulent auxquelles les Chinois sont ouverts. Ils peuvent par exemple s’accommoder d’un mécanisme régional prélevant une redevance de gestion environnementale. Autrement dit, un péage qui n’est pas présenté comme tel.

L’administration Trump pourrait d’ailleurs s’en accommoder, bien que les États-Unis souhaitent que ce mécanisme soit entièrement régionalisé plutôt que simplement géré par l’Iran et Oman.

D’autres États du CCG — les Émirats arabes unis et Bahreïn en particulier — s’y opposent catégoriquement, même s’ils devaient être inclus dans ce mécanisme. Selon eux — et leur point de vue tend curieusement à se rapprocher de celui d’Israël —, un tel mécanisme conférerait à l’Iran un poids géopolitique indu, et ils préféreraient plutôt que les États-Unis recommencent à bombarder l’Iran.

Mais la Chine a d’autres raisons de s’opposer à la résolution américano-bahreïnienne, qui a recueilli plus de 100 co-auteurs parmi les États membres de l’ONU. Bien que le projet de résolution que j’ai examiné ne relève pas du chapitre VII — le précédent, auquel la Russie et la Chine avaient opposé leur veto, n’utilisait pas la formule standard « agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies », mais comprenait une détermination de type article 39, « Déterminant que les actions de l’Iran […] constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales » –, elle ouvre néanmoins la voie à une résolution ultérieure au titre du chapitre VII qui autoriserait le recours à la force contre l’Iran.

Ce n’est pas une nouvelle manœuvre. Après tout, c’est l’adoption de ces premières résolutions qui aboutit finalement à une décision au titre du chapitre VII, ce qui augmente le coût pour la Russie et la Chine d’opposer leur veto à cette résolution finale. Étouffer le problème dans l’œuf est, pour ainsi dire, moins coûteux. Les États-Unis agissent de la même manière concernant les résolutions critiquant Israël ; ils opposent généreusement leur veto aux résolutions susceptibles d’ouvrir la voie à une quelconque pression sur Israël, qu’elle soit significative ou symbolique.

Mais il y a plus. La Chine sait que si Trump avait vaincu l’Iran et renversé la République islamique, puis pris le contrôle du pétrole iranien comme il l’a fait avec celui du Venezuela, Pékin se serait retrouvée dans une situation très vulnérable. Après tout, les ventes de pétrole vénézuélien à la Chine et à l’Asie ont chuté de 92 % après que Trump eut renversé Maduro fin décembre 2025 — passant d’une moyenne de 600 000 barils par jour en 2025 à 48 000 barils par jour en février 2026 (la grande majorité de ce pétrole asiatique est destinée à la Chine).

Dans ce scénario, Pékin ne peut pas compter sur les États du CCG pour résister aux pressions américaines visant à bloquer les livraisons de pétrole à la Chine. Le seul pays du golfe Persique capable de résister aux pressions américaines – et susceptible de le faire – est l’Iran.

Ainsi, pour la Chine, accepter une éventuelle résolution au titre du chapitre VII autorisant le recours à la force contre l’Iran reviendrait à s’exposer à une dangereuse influence future des États-Unis sur sa sécurité énergétique.

Trita Parsi