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Sachant que les engagements ont peu de chances d’être respectés
Les cendres de Pompéi
L’annonce selon laquelle les négociateurs américains et iraniens se sont mis d’accord sur un protocole d’accord visant à mettre fin à la guerre soulève une question évidente et pressante. Pourquoi Téhéran signerait-il quoi que ce soit avec l’administration Trump ? Le plus grand danger ne réside pas simplement dans le fait que les États-Unis reviennent sur leurs engagements ou ne tiennent pas leurs promesses économiques. La plus grande menace est une nouvelle attaque surprise. Pourtant, l’Iran signe parce qu’il aborde cet accord avec lucidité, sachant pertinemment qu’il a peu de chances d’être respecté et exigeant une vérification concrète plutôt que de se fier à des promesses creuses.
Il ne fait guère de doute que les Iraniens comprennent la nature de leur adversaire. Les dirigeants encore en place ont des collègues, des amis et des proches qui ont été tués lors des frappes américaines et israéliennes du 28 février, menées dans le but de les décapiter. Ils se souviennent de l’assassinat de Qasem Soleimani et du sabotage des installations nucléaires. Ils se souviennent également de la manière dont les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont fourni des renseignements qui ont facilité ces attaques, prouvant ainsi qu’on ne peut pas compter sur les organisations internationales pour rester neutres. Il s’agit d’une direction qui n’accorde aucune confiance aux bonnes intentions de l’Occident.
Malgré ce qui constitue clairement une victoire stratégique – avoir survécu à l’offensive initiale –, le pays a été durement touché au cours des derniers mois. Les infrastructures civiles et les réseaux énergétiques ont été lourdement pris pour cible pendant le conflit. Le régime a besoin d’une marge de manœuvre pour se reconstruire et stabiliser l’économie. Ses dirigeants ne sont pas masochistes. Ils ne veulent pas davantage de destruction. C’est là que l’accord prend tout son sens. Il offre des avantages immédiats et concrets, tels que la réouverture du détroit d’Ormuz et des dérogations temporaires aux sanctions. L’Iran exigera que les résultats soient vérifiés avant de faire ses propres concessions.

De nombreux détracteurs évoquent Minsk-2 et la trahison des dirigeants occidentaux. La différence fondamentale entre cet accord et les accords de Minsk réside dans le fait que l’Iran s’y engage sans se faire la moindre illusion. Lorsque Vladimir Poutine a signé les accords de Minsk, il croyait que l’Occident négociait de bonne foi. Il s’agissait clairement d’une erreur de calcul catastrophique. Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko ont tous depuis admis ouvertement qu’il n’y avait jamais eu de véritable intention de respecter les engagements de l’accord de Minsk de 2015. L’Occident ne faisait que gagner du temps pour armer et former l’Ukraine. L’Iran a observé de près cette trahison diplomatique. Contrairement à Poutine à l’époque, Téhéran sait que les pauses diplomatiques occidentales sont tout autant susceptibles d’être de simples prétextes pour se réarmer ou préparer la prochaine frappe militaire qu’une véritable volonté de paix.
Comme l’Iran connaît cette histoire, sa principale crainte ne sera pas que les États-Unis manquent simplement à leurs promesses économiques. Le véritable danger réside dans une nouvelle attaque surprise, les Américains et les Israéliens espérant que la vigilance militaire de l’Iran sera relâchée. Les deux camps profiteront vraisemblablement de cette trêve pour se réarmer. Les États-Unis ont déjà dépensé des milliards, tandis que l’Iran a démontré qu’il pouvait reconstituer rapidement ses capacités en matière de missiles et de drones. Les Iraniens savent que cette trêve est temporaire. Mais une trêve temporaire sauve des vies et permet la reconstruction. Ils signent l’accord pour en tirer le maximum de bénéfices immédiats, tout en se préparant activement à une frappe soudaine de la partie adverse dès que l’occasion se présentera.

De plus, la cause probable de l’échec de l’accord ne sera même pas Washington, mais Israël. Les dirigeants iraniens savent que les États-Unis ne peuvent pas contrôler entièrement leur allié régional, ni garantir le respect des engagements par Israël. La plus grande menace pour ce cessez-le-feu réside dans le franchissement par Israël des lignes rouges établies, notamment au Liban. Si les forces israéliennes lancent des frappes non autorisées contre des positions du Hezbollah ou enfreignent les nouvelles limites à Beyrouth, cela pourrait instantanément faire voler en éclats le mémorandum et replonger l’Iran dans un conflit direct. L’Iran signe cet accord en sachant que la gestion des provocations israéliennes constituera le véritable test de l’accord. Il se prépare à la forte probabilité qu’Israël agisse comme le saboteur ultime pour saper tout progrès diplomatique.
Les Iraniens comprennent que, dans une guerre asymétrique, la survie elle-même est une victoire. Ils ont survécu à la plus puissante armée de la planète. Aujourd’hui, ils négocient non pas en position de faiblesse, mais en sachant que les États-Unis n’ont aucune théorie cohérente de la victoire. Ils signent le mémorandum parce qu’il sert leurs intérêts immédiats aujourd’hui, et ils se préparent activement à une trahison ou à une attaque soudaine demain. Ils ne se laisseront plus prendre au dépourvu. Ce n’est pas de la naïveté. C’est une stratégie froide et calculée.