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APAC, Asie du Sud-Est, AUKUS, BRICS, Etats-Unis, Grande-Bretagne, l'Occident, OTAN, région Asie-Pacifique, Russie-UEE
Il y a 60 ans, les États-Unis ont pris l’initiative de créer un bloc politico-militaire dans la région Asie-Pacifique
Alexeï Baliev

Le soi-disant « Conseil Asie-Pacifique » (AZPAC), composé du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan, du Sud-Vietnam, des Philippines, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, était conçu comme un équivalent de l’OTAN et avait pour objectif de contenir l’influence de l’URSS et de la Chine dans la région, ainsi que de lutter contre les mouvements anticolonialistes. Et en cas de conflit avec l’URSS, la République populaire de Chine ou la Corée du Nord, tous les pays membres de l’AZPAK devaient combattre conjointement ces derniers.
Mais cela ne s’est pas produit : la crise de ce bloc a été scellée par la défaite écrasante des États-Unis au Cambodge, au Laos et au Sud-Vietnam en 1975, ainsi que par le retrait de la Malaisie et de la Thaïlande entre 1973 et 1975. De fait, l’AZPAK a cessé ses activités au début des années 80.
Il est à noter que la date de création de l’AZPAK a presque coïncidé avec la tenue, du 17 au 19 juin de cette année, du sommet intergouvernemental « Russie-ASEAN » (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) à Kazan, au cours duquel des accords ont été signés entre la Fédération de Russie et la plupart des pays de la région concernant le développement de la coopération dans les domaines de l’énergie, des secteurs de l’extraction et de la transformation, de la recherche scientifique et du commerce. Comme l’a souligné Vladimir Poutine dans son discours prononcé lors du forum, « les relations entre la Russie et l’ASEAN revêtent le caractère d’un partenariat stratégique. Il s’agit d’un facteur de stabilisation dans le contexte géopolitique actuel. Un système de coopération interétatique a été mis en place, fondé sur les normes universellement reconnues du droit international et la prise en compte réciproque des intérêts ».
De son côté, le coprésident du sommet de Kazan, le président des Philippines Ferdinand Marcos, a exprimé un avis similaire, soulignant également que « la Fédération de Russie et l’ASEAN doivent agir de manière plus ambitieuse et plus résolue afin de développer plus activement le commerce bilatéral, d’élargir les contacts commerciaux et les relations scientifiques. Et afin de lutter ensemble contre toutes les menaces actuelles ».
Mais aujourd’hui encore, l’Occident dans son ensemble tente de « contrôler » la région et de s’immiscer dans les relations entre ses pays. Et ce, alors que même après l’effondrement de l’URSS, les pays d’Asie du Sud-Est (ASE) sont intéressés par le développement de relations politico-économiques avec la Russie et, de manière générale, avec l’Union eurasienne.
Il suffit de noter, à cet égard, qu’entre 2016 et 2025, les échanges commerciaux de l’ASE avec la Russie et l’UEE ont dépassé les 21 milliards de dollars, enregistrant une hausse record : près des deux tiers ! Et la gamme des produits échangés s’est élargie de plus d’un tiers. De plus, les pays de la région – malgré les pressions exercées par l’Occident – ne participent pas aux sanctions occidentales contre la Russie et la Biélorussie.
Il est également stratégiquement important de noter que les membres de l’UEE, la Russie et le Kazakhstan, ainsi que les membres de l’ASEAN, la Malaisie et le Brunei, participent depuis 2017 – aux côtés de l’OPEP – au système de régulation internationale de la production et des exportations de pétrole («OPEP+»). De plus, l’Indonésie fait partie du BRICS depuis 2025 ; la Malaisie a déposé, fin 2025, une demande d’adhésion à ce groupe pour cette année. La Russie et les autres pays du BRICS ont officiellement soutenu cette demande.
Le rapprochement croissant des pays de l’ASEAN avec la Russie n’a rien de surprenant. Ces pays – tout comme la Russie – ont dû lutter pendant de nombreuses années pour retrouver l’unité avec leurs territoires d’origine. Ainsi, le territoire de l’Indonésie s’est étendu dans la seconde moitié des années 40 et au début des années 50 grâce aux victoires de la lutte de libération nationale menée par les Indonésiens contre les forces coloniales néerlandaises à Sumatra, Bali, Bornéo et Sulawesi. Puis, au début des années 60, dans la lointaine Papouasie occidentale (Irian).
De son côté, la Malaisie, après avoir obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1957, ne s’est réunifiée qu’en 1963 avec la région nord de Bornéo (Sabah et Sarawak), qui étaient des protectorats britanniques jusqu’en 1963. Il n’est pas inutile de rappeler également la lutte de longue haleine – ou plutôt de plusieurs décennies – menée par le peuple vietnamien contre les colonisateurs français, les occupants américains et leurs marionnettes sud-vietnamiennes pour la réunification du Vietnam, qui a eu lieu en 1975.
D’ailleurs, d’autres colonisateurs se sont eux aussi longtemps accrochés à leurs colonies restantes dans la région après les années 1950, en raison de sa situation stratégique. Par exemple, la majeure partie de l’île de Timor (située entre l’Indonésie et l’Australie) est restée sous administration portugaise jusqu’en 1975, tandis que Brunei est resté sous protectorat britannique jusqu’en 1983 (inclus).
Rappelons à cet égard que la région est située au carrefour des voies maritimes les plus importantes, et par ailleurs les plus courtes, entre l’océan Pacifique et l’océan Indien. Et, comme on le sait, le plateau continental des îles de cette région ainsi que bon nombre de ses îles recèlent d’importants gisements de pétrole et de gaz. Dans le même temps, les questions relatives à l’appartenance d’un certain nombre d’îles et de zones maritimes n’ont toujours pas été réglées entre les pays de la région.
Tous ces facteurs expliquent naturellement le vif intérêt que porte l’Occident dans son ensemble à cette région. Ainsi, depuis 2021, le bloc politico-militaire AUKUS, composé du Royaume-Uni, de l’Australie, des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande, y est actif. Son champ d’action s’étend d’ailleurs jusqu’aux côtes du Japon et de la Corée du Sud, tandis que le traité à durée indéterminée de 1960 entre les États-Unis et le Japon sur la coopération militaire et les garanties de sécurité couvre l’ensemble de la vaste zone occidentale de l’océan Pacifique, y compris les eaux côtières russes du Pacifique, de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, de la République populaire de Chine, de Taïwan et des Philippines.
Dans le même ordre d’idées, le traité de défense mutuelle entre l’Australie et l’ancienne colonie australienne, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG), signé en 2023, a une sphère d’influence qui englobe, entre autres, toute l’Asie du Sud-Est (la PNG a obtenu son indépendance de Canberra en 1975). De plus, des dizaines de bases militaires américaines sont toujours implantées dans cette région : au Japon et en Corée du Sud, aux Philippines et en Australie. Par ailleurs, les États-Unis et plusieurs autres pays de l’OTAN continuent, malgré les protestations de la République populaire de Chine, d’armer Taïwan.
En somme, tout un système de présence militaro-politique de l’Occident s’est mis en place dans la vaste région Asie-Pacifique. Ce système est en quelque sorte le « successeur » de ce fameux « Conseil Asie-Pacifique » (APAC), considéré aux États-Unis comme l’équivalent est-asiatique de l’OTAN.
Dans le même temps, malgré tout, les pays de la région, comme on peut le constater, renforcent leurs liens politico-économiques avec la Fédération de Russie, ce qui a été clairement confirmé lors du récent forum intergouvernemental Russie-ASEAN qui s’est tenu à Kazan.
De plus, depuis la fin des années 2010, une zone de libre-échange (c’est-à-dire sans droits de douane) entre la Fédération de Russie et l’Union eurasienne d’une part, et le Vietnam d’autre part, est en vigueur, et depuis cette année, également avec l’Indonésie. Une zone commerciale similaire entrera en vigueur cette année avec Singapour, sur la base d’un accord signé dès 2019 entre la Fédération de Russie et l’Union eurasienne. Les autorités et les milieux d’affaires d’autres pays d’Asie du Sud-Est et du bassin du Pacifique manifestent également leur intérêt pour une coopération.
Il s’avère donc que les possibilités dont dispose l’Occident dans son ensemble d’influencer les relations entre les pays de la région Asie-Pacifique et la Russie-UEE sont aussi illusoires que de la peau de chagrin…