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Juan Cole
Des délégations de responsables gouvernementaux de 30 pays, ainsi que des ONG religieuses et des particuliers issus de 90 nations du monde entier, ont assisté à Téhéran aux funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, le défunt guide spirituel de l’Iran que Benjamin Netanyahu et Donald Trump ont assassiné le 28 février 2026, en même temps que l’une de ses filles, un petit-fils, l’épouse de son fils (l’actuel chef spirituel, Mojtaba), sa belle-fille Zahra Haddad-Adel et un gendre.
Ce fut une manifestation de soutien sans précédent envers l’Iran et une réprimande claire à l’encontre de Trump et de Netanyahu.
Selon BBC Monitoring, la chaîne russe Channel One a évoqué la présence de « cent pays, soit la moitié du monde ». Le tour d’horizon de la presse étrangère de la BBC a cité la chaîne russe NTV, qui a déclaré que « la majorité mondiale » se tenait aux côtés du cercueil de Khamenei, « tué de manière barbare », et que « le monde en a assez de l’hégémonie occidentale, du mépris constant de la Charte des Nations unies et du non-respect du droit international ».
La période de deuil, qui s’étend sur plusieurs jours, a débuté samedi, la dépouille de Khamenei étant exposée à la mosquée-cathédrale de Mosalla. Lundi 6 juillet, les personnes en deuil parcourront plusieurs miles à pied, de la place de l’Imam Husayn à la place Azadi, dans le cadre d’un cortège funèbre. Mardi, la dépouille sera transportée vers la ville sainte de Qom pour les prières funéraires. Le 8 juillet, les cérémonies se dérouleront dans les villes saintes irakiennes de Najaf et Karbala, à la demande de l’Irak. Le 9 juillet, l’inhumation aura lieu à Mashhad, la ville natale de Khamenei.

Des dignitaires étrangers sont venus vendredi présenter leurs condoléances.
Cette mobilisation internationale est d’autant plus remarquable que le gouvernement chiite fondamentaliste iranien est si largement impopulaire. Outre les pays comptant d’importantes populations chiites pour lesquelles Khamenei était une sorte de saint, on a le sentiment que les pays participants ne le font pas par amour pour le défunt guide religieux, mais pour manifester leur désapprobation face aux tactiques mafieuses adoptées par Tel-Aviv et Washington, consistant à éliminer purement et simplement les dirigeants rivaux depuis les airs. De plus, bon nombre de ces rivaux doivent se rendre compte que si cette pratique venait à se généraliser, ils pourraient être les prochains sur la liste. L’opprobre dont font désormais l’objet de nombreux pays à l’égard d’Israël, à la suite du génocide de Gaza, de l’attaque contre le Liban et de la guerre contre l’Iran, a probablement aussi joué un rôle dans cette politique funéraire.
De leur côté, les responsables iraniens profitent de ces funérailles pour consolider leurs liens diplomatiques avec les pays amis, de l’Arménie à la Chine.
Huit chefs d’État étaient présents, notamment ceux du Pakistan, du Tadjikistan, de l’Arménie et de la Géorgie, ainsi que le président irakien.
Par ailleurs, des délégations de haut niveau sont arrivées des gouvernements russe, chinois, turc, indien, bangladais et afghan, comprenant notamment des ministres des Affaires étrangères ou des responsables des ministères des Affaires étrangères. L’ancien président russe Dmitri Medvedev était présent, tout comme le vice-président de la commission permanente de l’Assemblée populaire nationale chinoise, He Wei.
Selon BBC Monitoring, des responsables sont venus du Nicaragua, de Cuba et du Sénégal.
Douze délégations parlementaires étaient présentes, dont celles de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan.
Parmi les États arabes, des représentants officiels sont venus d’Irak, d’Oman, du Qatar, du Liban, du Yémen, d’Égypte et d’Arabie saoudite.
L’Irak et le Yémen ont des gouvernements à majorité chiite, et le Liban compte environ un tiers de chiites ; leur présence n’est donc pas une surprise. Oman et le Qatar ont toujours joué un rôle de médiateurs entre l’Iran et le reste du monde ; leur présence était donc également attendue, même si l’Iran a bombardé ces deux pays pendant la guerre de 39 jours. Une grande surprise a été que la famille royale saoudienne, le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane, aient transmis leurs condoléances par l’intermédiaire du vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed Elkhereiji. Riyad a également été bombardée par l’Iran pendant la guerre. Enfin, le président du Sénat égyptien, Isam al-Din Farid, était présent.
L’Égypte, le Pakistan, la Turquie et le Qatar avaient formé un quatuor informel de négociation pendant la guerre ; Le Caire entretient donc des relations renouvelées avec Téhéran malgré des décennies de méfiance. De plus, l’Égypte a énormément souffert de la guerre, en raison des prix élevés de l’essence et de la menace que les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, bloquent le trafic maritime en mer Rouge, véritable poumon économique de l’Égypte, pour laquelle les droits de passage du canal de Suez constituent une source majeure de revenus. Bien que l’Égypte coopère avec Israël contre les groupes de guérilla islamistes, elle n’a pas vu d’un bon œil la guerre lancée par Netanyahou et Trump, qui lui a porté préjudice sur le plan économique.
Des personnalités et des organisations religieuses sont venues de Bosnie-Herzégovine, du Maroc, d’Espagne, d’Équateur, de Bolivie et d’Indonésie, ainsi que des communautés chiites d’Irak, du Liban, du Yémen et d’Afghanistan.
La répression brutale menée par Khamenei contre les manifestations en janvier avait terni sa réputation tant au niveau national qu’international. Israël et les États-Unis ont fait de lui un martyr, non seulement en Iran, mais aussi dans la moitié du monde.