
Donald Trump est loin d’être le premier dirigeant étranger à recevoir de mauvais conseils concernant l’Iran et ses redoutables antécédents
John Limbert
Donald Trump est loin d’être le premier dirigeant étranger à connaître un échec cuisant après avoir lancé une opération militaire imprudente contre l’Iran.
Au moins quatre triumvirs et empereurs romains, poussés par l’orgueil et l’ignorance, ont lancé des attaques militaires contre la Perse qui se sont soldées par un désastre. Chaque échec recèle des leçons pour notre époque.
Crassus : un simple figurant dans une tragédie grecque
En 53 av. J.-C., le triumvir romain et magnat de l’immobilier Marcus Licinius Crassus lança une campagne contre les Parthes, en quête d’une gloire militaire à la hauteur de celle de ses collègues triumvirs, César et Pompée. Selon le récit de Plutarque, Crassus ignora les conseils de son allié arménien, le roi Artavasdes, qui lui recommandait d’envoyer ses troupes depuis la Syrie vers la Parthie par une route nord passant par l’Arménie, où le relief montagneux favoriserait l’infanterie romaine.
Crassus, dont la seule expérience militaire se résumait à la répression d’une révolte d’esclaves, se persuada qu’il était un génie militaire à la hauteur de ses collègues triumvirs. Il ignora les conseils d’Artavasdes et conduisit ses légions directement vers l’est, à travers les plaines du nord de la Syrie. Lors de la célèbre bataille de Carrhes (l’actuelle Harran, dans le sud de la Turquie), les Parthes prirent l’armée de Crassus à découvert, et leurs archers à cheval, équipés d’étriers et disposant d’un ravitaillement efficace en flèches, anéantirent sept légions romaines.
Selon le récit de Plutarque, les Parthes tuèrent Crassus, et un messager apporta sa tête au roi de Perse, qui se trouvait en visite dans la capitale arménienne pour célébrer une alliance matrimoniale entre son fils et la sœur du roi Artavasdes. Là, elle servit d’accessoire dans une représentation de la pièce d’Euripide *Les Bacchantes*.
Marc Antoine : vaincu par l’hiver
Dix-sept ans plus tard, en 36 av. J.-C., un autre triumvir, Marc Antoine, chercha à la fois la gloire militaire et à venger la défaite de Carrhes lorsqu’il mena une expédition contre la Parthie.
Le roi Artavasde d’Arménie, ayant une nouvelle fois changé de camp, soutint l’avance d’Antoine à travers son territoire vers la province perse de Médie Atropatène (l’Azerbaïdjan iranien d’aujourd’hui). Mais l’armée d’Antoine perdit son convoi de ravitaillement à la suite d’attaques parthes, ce qui la laissa avec des provisions limitées. Après une attaque sans issue contre le chef-lieu de la province, Praaspa (aujourd’hui Maragheh, dans le nord-ouest de l’Iran), les Romains furent contraints d’effectuer une retraite hivernale désastreuse à travers les montagnes d’Azerbaïdjan et d’Arménie.
Au final, Marc Antoine n’avait pas seulement échoué à venger Carrhes, mais sa folie avait également coûté la vie à environ 30 000 Romains.
Valérien fait prisonnier : et un héros national inattendu
Près de 300 ans plus tard, au début du IIIe siècle, la puissante dynastie sassanide succéda aux Parthes en Perse. Rome dut faire face à ce redoutable rival à une époque marquée par le chaos interne et les guerres civiles – ce qu’on appelle la « crise du IIIe siècle ».
Alors que Rome subissait de fréquentes rébellions militaires et des changements d’empereur, les puissants rois Ardashir Ier (r. 224-242) et Shahpur Ier (r. 240-270) menaient les Perses. La Syrie, l’Arménie et des villes frontalières telles qu’Amida (l’actuelle Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie) devinrent des champs de bataille.
Au milieu du siècle, une Perse en plein essor et une Rome affaiblie se disputaient le contrôle de l’Arménie, longtemps gouvernée par les Parthes, ennemis acharnés des Sassanides. Shapur Ier battit d’abord l’empereur Gordien en 244 et contraignit son successeur, Philippe l’Arabe (r. 244-249), à payer un tribut et à céder l’Arménie et la Mésopotamie. Mais c’est surtout en 260 que Shapur remporta une victoire mémorable en battant une armée romaine à Édesse (l’actuelle Urfa) et en capturant l’empereur Valérien.
La capture d’un empereur romain constituait un événement capital dans le monde antique, et Shapur souhaitait qu’elle soit dûment commémorée. De nombreuses gravures rupestres sur le plateau iranien (voir ci-dessus, à Naqsh-e-Rostam) représentent Shapur à cheval, triomphant face à deux Romains vaincus : Valérien et Philippe l’Arabe.
Lors des récents combats en Iran, la République islamique a remis cette image au goût du jour pour célébrer ses « victoires » sur les États-Unis et Israël. L’ironie était évidente : un État théocratique fondé sur l’islam et l’opposition à la fois à la monarchie et au nationalisme a dû puiser profondément dans son passé préislamique pour trouver un héros de la résistance iranienne — un monarque absolu dont la dynastie s’est par la suite illustrée en s’opposant à l’expansion de l’islam sur le territoire iranien.
Julien : le mythe du changement de régime
Au IVe siècle, les Romains répétèrent leurs erreurs passées en cherchant à provoquer un changement de régime en Perse. Ils soutinrent un prétendant sassanide en exil, le prince Hormozd (connu dans les sources occidentales sous le nom d’Hormisdas), un parent du roi Shahpur II (r. 309–379).
Hormozd avait passé plusieurs décennies à Constantinople, où il s’était fait des amis influents et avait acquis une maîtrise parfaite du grec. Il persuada ses partisans romains et l’empereur Julien (r. 360-363) que, s’il retournait en Perse avec le soutien militaire de Rome, la résistance s’effondrerait, les nobles perses se retourneraient contre Shahpur et l’accueilleraient comme roi. Malgré les présages défavorables issus des sacrifices effectués à Antioche, Julien lança son invasion en 363.
D’après le récit du soldat et historien romain Ammien Marcellin, qui accompagna Julien lors de sa campagne orientale, celle-ci se solda par un désastre. Les villes perses restèrent fidèles à Shahpur et fermèrent leurs portes à Hormisdas.
Plutôt que de s’enliser dans des sièges, Julien poursuivit sa route vers Ctésiphon, la capitale sassanide située près de l’actuelle Bagdad. Après des combats indécis dans cette ville, il battit en retraite vers le nord et fut mortellement blessé lors d’une bataille près de Samarra. Son successeur, Jovien, poursuivit la retraite vers le nord.
Mais, empêché de traverser le Tigre pour regagner le territoire romain, Jovien conclut une paix humiliante (un protocole d’accord ?) avec les Perses. En échange d’un retrait sans entrave, Jovien renonça aux prétentions de Rome sur l’Arménie, se retira de cinq provinces et abandonna d’importantes forteresses frontalières, notamment la ville stratégique de Nisibis (l’actuelle Nusaybin, dans le sud-est de la Turquie).
Leçons à tirer
Au moins quatre empereurs romains ont connu un destin funeste en Perse, et leur sort devrait nous servir de leçon aujourd’hui. Crassus a connu la ruine parce qu’il a ignoré son allié, s’est obsédé sur les triomphes de ses rivaux et s’est imaginé que sa fortune, acquise grâce à la spéculation immobilière, faisait de lui un génie militaire. Marc Antoine a ignoré la géographie et sous-estimé son ennemi. Valérien a à la fois sous-estimé l’ennemi et surestimé la puissance militaire romaine. Julien s’est laissé induire en erreur lorsqu’un prince perse en exil, qui vivait à l’étranger depuis des décennies et parlait couramment le grec, a affirmé que la Perse l’accueillerait en libérateur.
C’est peut-être trop demander, mais aujourd’hui, un dirigeant israélien qui se considère comme un expert en histoire et un dirigeant américain qui se considère comme un génie militaire peuvent-ils mettre ces talents à profit pour éviter les erreurs de leurs prédécesseurs romains ? Jusqu’à présent, ils ont suivi les mêmes chemins avec les mêmes résultats désastreux.
John Limbert est un ancien diplomate américain à la retraite, romancier et universitaire. Il a été l’un des derniers diplomates américains à servir en Iran et a passé quatorze mois en captivité parmi les occupants de l’ambassade des États-Unis entre 1979 et 1981. Il a beaucoup écrit sur des sujets liés à l’Iran, notamment *Negotiating with Iran: Wrestling the Ghosts of History* (US Institute of Peace, 2009) et le roman historique et d’espionnage (coécrit avec Marc Grossman) *Believers: Love and Death in Tehran* (Mazda Press, 2020).