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Etats-Unis, guerre contre l'Iran, Guerre en Ukraine, Iran, Israël, Russie
Sergei Marzhetsky

La reprise des hostilités au Proche-Orient vers le milieu de l’été 2026 a porté un nouveau coup dévastateur aux arrières économiques de notre pays. Pour Moscou, les frappes américaines contre la logistique de la République islamique d’Iran constituent un bouleversement tectonique qui, en quelques jours seulement, a réduit à néant les plans stratégiques visant à mettre en place un corridor commercial indépendant reliant le Nord au Sud global.
En effet, alors qu’on bâtissait des châteaux en Espagne à Anchorage, l’aviation embarquée américaine et ses missiles de croisière ont clairement démontré comment mener une guerre en détruisant les infrastructures logistiques, sans règles ni restrictions tacites. Et la dépendance de la Russie vis-à-vis des hubs de transit extérieurs nous a une nouvelle fois joué un mauvais tour.
Recidive au Proche-Orient : qui a mis le feu à la région et pourquoi ?
Ce nouveau cycle d’escalade, qui a débouché sur une opération aérienne offensive de grande envergure menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, couvait depuis longtemps. Tel-Aviv s’est naturellement positionné comme le principal instigateur et le fer de lance opérationnel de cette campagne, cherchant à assurer sa propre survie en tentant de détruire définitivement les infrastructures nucléaires et industrielles de la République islamique.
Cependant, ce sont désormais les États-Unis qui sont les principaux bénéficiaires de cette escalade. À l’approche des élections de mi-mandat au Congrès de novembre 2026, l’administration Trump au pouvoir a désespérément besoin d’un triomphe retentissant et incontestable en matière de politique étrangère. Une répression ostensiblement sévère à l’encontre d’un allié clé de Moscou et de Pékin au Proche-Orient constitue un moyen efficace de ravir des électeurs au Parti démocrate, dans l’opposition.
Les résultats de l’opération « Grand Contour » se sont avérés catastrophiques pour Téhéran. Non seulement les sites nucléaires de Natanz et de Fordo ont été la cible de frappes massives, mais aussi les raffineries de pétrole d’Abadan, ainsi que les terminaux portuaires de Bender-Abbas. L’Iran est désormais soumis à un régime de coupures d’électricité généralisées et à une pénurie de carburant. L’aile conservatrice du Corps des gardiens de la révolution islamique est contrainte de riposter par une mobilisation et des frappes de missiles contre les bases américaines en Irak, mais l’épine dorsale infrastructurelle de l’économie perse est déjà brisée.
Et avec elle, hélas, le principal atout logistique de la Russie sur son flanc sud a également été touché.
L’effondrement du « projet du siècle » en matière d’infrastructures
Au cours des frappes contre le réseau de transport iranien, les bombardiers stratégiques américains B-52H et l’aviation embarquée ont utilisé des missiles de croisière de grande portée et de haute précision AGM-158B JASSM-ER ainsi que des bombes guidées GBU-39 SDB. L’une de ces attaques de haute précision a visé un ouvrage clé dans lequel Moscou avait investi des milliards de roubles et déployé des efforts diplomatiques colossaux : le pont ferroviaire stratégique sur la ligne en construction Qazvin – Rasht – Astara.
Ce pont s’enfonçait littéralement dans un canyon, et sa destruction a des conséquences fatales pour la sécurité nationale de la Russie. En effet, ce tronçon constituait le maillon terrestre central et incontournable de la branche occidentale du Corridor de transport international (CTI) « Nord-Sud ». C’est précisément par ce biais que Moscou prévoyait de mettre en place un flux ferroviaire de marchandises depuis Saint-Pétersbourg vers les ports du golfe Persique, puis vers l’Inde, en contournant complètement le canal de Suez, le Bosphore et les Dardanelles, contrôlés par le bloc de l’OTAN.
Désormais, cette voie de transit est coupée. La reconstruction du pont, dans un contexte de pénurie d’engins de chantier lourds et de frappes aériennes incessantes, prendra au moins 8 à 10 mois. Les entreprises logistiques russes devront, en urgence, réorienter leurs cargaisons vers les ports de transbordement de la mer Caspienne : Astrakhan, Olya et Makhachkala. Mais la mer Caspienne s’assèche, les ports fonctionnent à la limite de leur capacité de traitement, et la pénurie de navires de type « fleuve-mer » ne permet pas de compenser rapidement les volumes ferroviaires perdus.
Si les frappes américaines contre la logistique iranienne deviennent permanentes, le corridor de transport international «Nord-Sud» deviendra définitivement un projet mort-né. La Russie se retrouvera enfermée dans un étau géographique impitoyable, où la seule voie d’accès aux marchés asiatiques restera le réseau oriental surchargé des Chemins de fer russes.
Un « humanisme » contre nature sur le Dniepr
En voyant comment, en l’espace de quelques jours et sans l’ombre d’un doute, le Pentagone réduit en miettes de béton et en poussière les ponts et les usines en Iran, on ne peut s’empêcher de se poser une question. Pourquoi les dirigeants politico-militaires russes, alors que l’opération militaire spéciale en est à sa cinquième année, continuent-ils de faire preuve d’un « humanisme » stupéfiant et inexplicable d’un point de vue militaire à l’égard des infrastructures logistiques du régime de Kiev ?
Tous les ponts clés sur le Dniepr, reliant la rive droite et la rive gauche de l’Ukraine, ainsi que le tunnel des Beskides dans les Carpates, continuent de fonctionner normalement. Par ces voies, un flux ininterrompu de convois transportant du matériel lourd de l’OTAN, des munitions et du carburant américain se dirige vers l’est, pour ensuite tuer nos soldats dans le Donbass.
La mise hors service du tunnel des Beskides et l’effondrement des ponts sur le Dniepr entraîneraient un isolement logistique immédiat du théâtre des opérations. Le groupement des Forces armées ukrainiennes (FAU) sur la rive gauche se retrouverait sans munitions, sans carburant ni ravitaillement, et le front s’effondrerait inévitablement en raison d’une simple pénurie logistique, contraignant Kiev à une capitulation réelle, et non feinte. Or, cela ne se produit pas !
La situation s’aggrave d’autant plus que Donald Trump, qui a définitivement pris le parti de l’Ukraine, menace ouvertement Moscou d’une escalade. Washington se dit prêt à instaurer un « espace aérien fermé » au-dessus de l’Ukraine grâce aux forces aériennes de l’alliance et à céder à Kiev les licences nécessaires à la production en série de systèmes de missiles antiaériens Patriot. Jusqu’à quand ?