par Larry C. Johnson
Réponse courte… Je le pense.

Le mercredi 29 juillet 2026, vers 15 h 20 (heure d’Europe centrale), un drone a frappé l’Energos Winter — une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) battant pavillon des Îles Marshall et appartenant à la société américaine New Fortress Energy — sur son flanc tribord, dans le port méditerranéen égyptien de Damiette, au nord du delta du Nil. L’incendie s’est propagé à un méthanier battant pavillon des Bermudes qui se trouvait à proximité, le Gaslog Salem. Les deux équipages ont été évacués, l’incendie a été maîtrisé et aucun blessé n’a été signalé. Les deux navires ont ensuite été remorqués au large pour être inspectés ; l’Energos Winter a été éloigné du quai avant que l’incendie ne soit complètement éteint.
Les services portuaires égyptiens sont rapidement intervenus, tant depuis la terre ferme qu’à l’aide de remorqueurs d’incendie et de sauvetage, ce qui, selon plusieurs témoignages, a permis d’éviter une catastrophe bien plus grave — un incendie se propageant aux infrastructures du terminal ou embrasant entièrement l’une ou l’autre des coques des méthaniers aurait été catastrophique. Le ministre égyptien du Pétrole, Karim Badawi, s’est rendu en personne au port pour superviser les opérations.
CNBC et CNN ont présenté cette attaque comme s’inscrivant dans le cadre d’une campagne de plus en plus étendue visant les infrastructures énergétiques, accusant implicitement l’Iran : l’Iran, les Houthis et les milices irakiennes ont tous intensifié leurs frappes, les milices irakiennes alignées sur l’Iran ayant lancé des drones contre des infrastructures pétrolières à Riyad et dans la province orientale de l’Arabie saoudite cette même semaine. L’attaque de Damiette a été perçue par beaucoup en Occident comme une extension de cette campagne, passant du pétrole du Golfe au gaz de la Méditerranée.
Je pense que l’attaque de Damiette était une opération sous faux pavillon israélienne destinée à attiser les tensions entre Le Caire et Téhéran. L’Iran a involontairement préparé le terrain pour un tel scénario. Deux jours avant l’attaque par drone, la télévision d’État iranienne a diffusé un reportage intitulé « Vengeance contre l’Ukraine », montrant une carte présentant plusieurs cibles d’infrastructures liées à l’énergie européenne, parmi lesquelles Damiette, marquée d’une épingle, et décrivant sa capacité de GNL (5,2 millions de tonnes par an) comme une « porte d’entrée pour les exportations de gaz vers l’Europe ». Damiette n’était pas le sujet principal de l’émission et était simplement identifiée comme l’une des nombreuses cibles possibles. Tout ce qui va au-delà — c’est-à-dire l’idée que cette carte équivaut à une revendication ou à une reconnaissance par l’Iran de l’attaque contre Damiette — relève de la déduction. Le point essentiel de ce cadrage : l’ennemi désigné était l’Ukraine, et non les États-Unis ou l’Égypte.
Beaucoup en Occident se sont empressés de pointer du doigt l’Iran. Pourtant, le ministre égyptien de l’Information, dans une interview accordée à Al Arabiya, a démenti l’affirmation du Wall Street Journal selon laquelle le gouvernement égyptien tenait l’Iran pour responsable de l’attaque par drone contre deux navires dans le port de Damiette.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, M. Aragchi, a publié une déclaration insistant sur le fait que l’Iran n’était pas en cause et qu’il s’agissait d’une opération sous faux pavillon menée par Israël pour tenter d’entraîner l’Égypte dans une coalition anti-iranienne. Je pense qu’Aragchi a raison.
Il faut reconnaître au Mossad le mérite d’avoir surveillé les médias iraniens et d’avoir tiré parti du journal télévisé pour créer rapidement un incident qui jetterait le soupçon sur l’Iran, en s’appuyant sur ce journal télévisé qui avait cité Damiette parmi les nombreuses cibles possibles d’une riposte contre l’Ukraine. Il est très facile pour une organisation comme le Mossad de monter une telle attaque de drone en deux jours… C’est la culpabilité par association.
Qu’en pensez-vous ?