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Selon des chercheurs américains, la facture réelle du conflit dépasse largement les 37,5 milliards de dollars avancés par Washington.

Alexis Buisson

In this US Army handout photo released on June 1, 2026, a US Army air defence artilleryman conducts maintenance on an MIM-104 Patriot missile system, the army's primary terminal-phase anti-ballistic missile system, at an undisclosed location in the Middle East. US President Donald Trump said on June 1 that talks with Iran were moving at a "rapid pace", even as Tehran threatened to widen the war by keeping the Strait of Hormuz blocked and activating other pressure points around the region. (Photo by US ARMY / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / US ARMY / USARCENT" - HANDOUT - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
Dans le cadre de la guerre contre l’Iran, les stocks de munitions américaines sont consommés à « un rythme extraordinairement rapide », selon une experte de Harvard.

Lorsque le ministre de la Défense Pete Hegseth a estimé, mardi 21 juillet, que la guerre en Iran avait coûté 37,5 milliards de dollars (32,5 milliards d’euros), les réactions indignées ont été nombreuses. Mais pour Heidi Peltier, directrice de l’initiative Costs of War (un programme de l’université Brown chargé d’évaluer le coût global des conflits armés menés par les États-Unis depuis le 11-Septembre), la facture de l’intervention militaire lancée en février dernier serait en réalité bien plus salée.

« Ce montant ne prend en compte que les coûts opérationnels, c’est-à-dire la partie visible de l’iceberg, souligne la chercheuse. Le Pentagone sous-estime systématiquement le coût total des guerres en excluant des dépenses plus larges, sans oublier leurs répercussions économiques pour les consommateurs. »

Le coût des conflits est un sujet particulièrement sensible dans un pays marqué par des décennies de « guerres sans fin ». Les quelque 2 000 milliards de dollars dépensés pour la guerre en Afghanistan, qui s’est achevée par un retrait chaotique des forces américaines et le retour au pouvoir des talibans, ont laissé un goût amer dans l’opinion publique. D’autant plus que les inégalités se creusent aux États-Unis et que certains services publics souffrent d’un sous-investissement chronique.

Les 37,5 milliards de dollars annoncés par Pete Hegseth lors d’une audition devant le Sénat − au cours de laquelle il a dans le même temps demandé une rallonge de 88 milliards de dollars et défendu un budget de 1 500 milliards pour le Pentagone en 2027 − correspondent en fait aux dépenses liées aux personnels, aux armes et aux différents moyens mobilisés pour l’effort de guerre (porte-avions, avions, bombes, missiles, rémunération des militaires…). C’est l’indicateur traditionnellement retenu par les gouvernements.

Dans le cas de l’Iran, ces dépenses opérationnelles seraient toutefois en forte hausse par rapport aux conflits précédents. Professeure à l’université Harvard et membre du programme Costs of War, Linda Bilmes estime ainsi que les stocks de munitions sont consommés à « un rythme extraordinairement rapide ». « Au cours des quatre premiers jours de la guerre contre l’Iran, les États-Unis auraient tiré davantage de missiles Patriot que Washington n’en a fournis à l’Ukraine au cours des quatre dernières années », a-t-elle déclaré dans un entretien publié en avril sur le site de Harvard.

Des armements de plus en plus coûteux

Autre facteur d’inflation de la facture : le coût croissant des matériels militaires. Les armes déployées aujourd’hui sont plus sophistiquées — et donc plus chères — que par le passé. Lorsqu’elles sont utilisées, détruites puis remplacées, leur prix pèse davantage dans le bilan final. « Les missiles et les intercepteurs (armes défensives destinées à détruire ou neutraliser un projectile ennemi avant qu’il n’atteigne sa cible, NdlR) modernes sont bien plus coûteux qu’il y a quelques décennies en raison de leur sophistication technologique. Au début, la guerre contre l’Iran était 50 à 100 % plus chère par mois que les conflits menés après les attentats du 11-Septembre », explique Heidi Peltier.

Des coûts cachés

La chercheuse plaide également pour la prise en compte d’autres dépenses afin d’obtenir une image plus fidèle du coût réel d’une guerre sur le long terme. Parmi elles figurent « les soins aux anciens combattants, les intérêts de la dette, le réapprovisionnement en munitions, la réparation des bases endommagées, les coûts environnementaux et de santé publique ».

Certaines de ces dépenses se sont fortement accrues au fil des décennies, notamment la prise en charge des ex-militaires. « Comparés à ceux d’il y a quatre ou cinq décennies, les anciens combattants survivent aujourd’hui à des blessures qui étaient autrefois mortelles, en particulier les traumatismes crâniens. Cette hausse du taux de survie se traduit par une espérance de vie plus longue, mais aussi par des coûts de prise en charge médicale nettement plus élevés », poursuit-elle.

Une facture environnementale et transparence en recul

Des émissions de gaz à effet de serre à la contamination des nappes phréatiques, en passant par les conséquences de la destruction des infrastructures d’assainissement, la facture environnementale des conflits fait également l’objet d’un intérêt croissant chez les chercheurs.

Mais leurs travaux se heurtent à de nouveaux obstacles. « Contrairement aux gouvernements précédents, l’Administration Trump supprime certaines données des sites gouvernementaux, rendant les informations publiques plus difficiles d’accès, voire totalement introuvables alors qu’elles étaient auparavant librement accessibles », regrette Heidi Peltier en évoquant notamment des statistiques sur les effectifs militaires et des cas de fraude, gaspillage et d’abus contenus dans les fichiers du Département de la Justice.

Or, sans transparence complète, difficile pour les citoyens de mesurer pleinement le prix des décisions prises en leur nom.

La Libre