Étiquettes

, , ,

La réserve stratégique de pétrole des États-Unis a chuté à son plus bas niveau depuis 43 ans, tandis que le conflit avec l’Iran continue de perturber l’approvisionnement en pétrole et le transport maritime. Cette baisse limitera la capacité de Washington à faire face à une nouvelle perturbation majeure dans le détroit d’Ormuz ou ailleurs. La diminution de la réserve offre ainsi une mesure révélatrice des coûts d’une guerre prolongée au Moyen-Orient.

Uriel Araujo

La Réserve stratégique de pétrole (SPR) des États-Unis est tombée à son plus bas niveau depuis plus de quatre décennies, et le moment ne pourrait guère être plus mal choisi, du point de vue américain. La semaine dernière, les stocks de l’ e ont encore baissé de 6,1 millions de barils pour s’établir à 298,7 millions, passant pour la première fois sous la barre des 300 millions depuis 1983.

Les États-Unis avaient commencé l’année avec environ 415 millions de barils. L’administration Trump a depuis libéré d’importants volumes afin d’amortir le choc lié au conflit en cours avec l’Iran, notamment en ordonnant en mars la mise sur le marché de 172 millions de barils alors que Téhéran restreignait ses exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz.

La réserve d’urgence elle-même est désormais puisée alors que la situation d’urgence perdure. La SPR a été constituée précisément pour absorber des perturbations prolongées de l’approvisionnement. Son épuisement rapide signifie que Washington a déjà utilisé une partie substantielle de cette police d’assurance.

Le volume minimum nécessaire pour assurer le fonctionnement sûr du système serait d’environ 70 millions de barils, mais ce chiffre n’est guère rassurant alors que les stocks restants sont consommés dans le contexte d’un conflit non résolu.

De plus, le président Trump a laissé entendre que la réserve pourrait être à nouveau mobilisée pour atténuer les pressions sur les prix. Les prélèvements se sont poursuivis, et les chiffres parlent désormais d’eux-mêmes.

La guerre qui a déclenché ces prélèvements n’a pas abouti à la résolution rapide qui avait été promise. Les ripostes iraniennes ont maintenu la pression sur les infrastructures énergétiques régionales et les voies maritimes, tandis que le Brent a frôlé la barre des 90 dollars, sur fond de nouvelles craintes d’escalade.

Les États-Unis prennent en effet conscience que leur importante production nationale de pétrole et leur statut d’exportateur net de pétrole ne les protègent pas des chocs mondiaux sur les prix lorsqu’un point d’étranglement majeur est contesté et que les stocks stratégiques sont déjà faibles.

En mars, j’avais fait valoir que l’opération conjointe américano-israélienne marquait la fin effective du projet MAGA en tant que programme de gouvernement «America First». Les coûts économiques et stratégiques étaient déjà visibles à l’époque : perturbation des flux énergétiques, montée des pressions inflationnistes et fossé grandissant entre la rhétorique de campagne contre les guerres sans fin et la réalité d’un conflit au Moyen-Orient sans issue en vue.

Ces coûts n’ont fait que s’accumuler. La réduction de la réserve stratégique de pétrole (SPR) est l’un des indicateurs les plus clairs de cette accumulation. Elle montre que Washington est de plus en plus vulnérable à toute guerre prolongée et dispose donc d’une capacité affaiblie à absorber une nouvelle escalade. Quoi qu’il en soit, l’administration continue de considérer cette réserve comme un outil à court terme pour gérer les répercussions sur les prix d’une perturbation de l’approvisionnement non résolue. Tout cela vient démontrer les limites de la puissance américaine dans cette confrontation

Le conflit a déjà épuisé les ressources, compliqué les relations avec les partenaires du Golfe et mis en évidence la difficulté d’obtenir des résultats décisifs face à un État capable d’une résistance soutenue. D’anciens conseillers ont même décrit l’Iran comme ayant rejoint les rangs des grandes puissances mondiales grâce à sa capacité avérée à imposer des coûts.

Parallèlement, le paysage géopolitique au sens large est également en pleine mutation. La guerre a accéléré les discussions entre les membres des BRICS et certaines régions du Sud sur la réduction de la dépendance vis-à-vis du dollar et la recherche de systèmes de règlement alternatifs.

Ces tendances s’inscrivent dans un même contexte : une superpuissance surmenée confrontée à des pressions simultanées sur les plans militaire, économique et monétaire.

Sans surprise, les marchés pétroliers restent instables. La réserve stratégique de pétrole (SPR) n’a jamais été conçue pour servir de compensation permanente face à une perturbation prolongée de cette ampleur. Sa réduction aux niveaux de 1983 laisse aux États-Unis une marge de manœuvre bien plus restreinte si le détroit d’Ormuz devait connaître de nouvelles interruptions ou si un autre grand producteur venait à subir des pannes.

Jusqu’à présent, les prélèvements ont contribué à modérer les flambées de prix les plus extrêmes, mais ils ont également épuisé la réserve de sécurité qui serait nécessaire en cas de crise plus longue. La dure réalité est que les États-Unis sont de plus en plus surchargés et mis à rude épreuve, accumulant simultanément des coûts militaires, économiques et politiques.

Les engagements militaires dans la région se poursuivent, la cohésion politique intérieure est mise à rude épreuve et la réserve stratégique de pétrole (le dernier rempart en cas d’urgence) a été réduite à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis l’époque où la Guerre froide façonnait encore la réflexion en matière de sécurité énergétique.

Pris dans leur ensemble, ces développements s’apparentent de plus en plus à une impasse stratégique : l’Iran a encaissé de lourdes frappes tout en conservant la capacité d’infliger des coûts aux forces américaines et aux infrastructures régionales. Washington, pour sa part, se retrouve enlisée dans un conflit qui épuise ses réserves, complique ses alliances et réduit sa capacité à faire face au prochain choc.

Les chiffres du ministère de l’Énergie mettent en évidence le fossé entre le discours de force et les contraintes matérielles d’un engagement prolongé. Lorsque la réserve d’urgence elle-même devient une victime de la situation d’urgence, il devient difficile d’ignorer les limites du pouvoir.

Il ne faut toutefois pas se méprendre sur la portée de cette baisse : les États-Unis ne sont pas à court de pétrole, et la réserve stratégique de pétrole (SPR) reste au-dessus de son seuil technique de fonctionnement. Le problème est d’ordre stratégique plutôt qu’immédiat : chaque baril supplémentaire libéré réduit la marge de sécurité disponible pour la prochaine perturbation

En bref, les États-Unis se trouvent de plus en plus dans une impasse face à l’Iran, et la diminution de la marge de manœuvre de la Réserve stratégique de pétrole est l’un des signes les plus évidents de cette situation.

Uriel Araujo, titulaire d’un doctorat en anthropologie, est un spécialiste des sciences sociales spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, qui mène des recherches approfondies sur les dynamiques géopolitiques et les interactions culturelles.

infobrics.org