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L’Institut juif pour la sécurité nationale d’Amérique (JINSA) promeut un plan qui inclurait également une intégration accrue et un nouveau protocole d’accord de 38 milliards de dollar

Jennifer Kavanagh

Le 18 août, Israël a bombardé une base aérienne syrienne hors service, apparemment pour contrecarrer les projets turcs de déploiement de forces militaires sur ce site. Cette action a suscité une condamnation immédiate de la part des États-Unis, qui n’en avaient pas été informés au préalable malgré leur soutien croissant à la Syrie, leur alliance avec la Turquie et la présence de milliers de militaires américains stationnés à proximité, en Jordanie et dans d’autres parties de la région.

Est-ce là le comportement d’un « allié modèle » ? L’Institut juif pour la sécurité nationale des États-Unis semble le penser.

Ce groupe, qui promeut la « coopération stratégique » entre les États-Unis et Israël, tente de défendre cette position dans son nouveau rapport intitulé « Shifting the Center of Gravity: Transforming the U.S.-Israel Security Partnership » (Déplacer le centre de gravité : transformer le partenariat de sécurité entre les États-Unis et Israël). Il présente également un ensemble ambitieux de propositions que le JINSA espère voir intégrées dans un protocole d’accord américano-israélien renouvelé pour une durée de dix ans (celui en vigueur expire en 2028). Le JINSA souhaite que ce « dernier » programme d’aide directe s’élève à un total de 38 milliards de dollars et soit « associé à de nouvelles initiatives, pour la plupart non financières, visant à approfondir et à élargir le partenariat américano-israélien ».

Les recommandations contenues dans ce rapport — qui prévoient notamment la signature d’un pacte de défense mutuelle, l’implantation de forces militaires américaines en Israël et l’intégration de la technologie israélienne dans la défense du territoire américain — devraient être rejetées car elles constituent une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Non seulement elles coûteraient des dizaines de milliards de dollars aux contribuables, mais ces mesures rendraient les États-Unis moins sûrs qu’ils ne le sont aujourd’hui, en institutionnalisant l’implication militaire américaine auprès d’Israël (voire la dépendance vis-à-vis de ce pays) et en augmentant le risque de guerres futures.

L’administration Trump devrait plutôt laisser le protocole d’accord actuel expirer en 2028 sans le renouveler. Fort d’un arsenal militaire et nucléaire puissant, Israël est capable de se défendre seul.

Le rapport de la JINSA s’ouvre en présentant Israël comme « l’allié le plus important des États-Unis », louant ses prouesses militaires, ses capacités technologiques et sa volonté de projeter sa puissance militaire dans la poursuite d’objectifs prétendument communs. Il manque toutefois, dans son compte rendu du soutien apporté par Israël lors de l’opération « Epic Fury », toute mention du rôle d’Israël dans le déclenchement, l’escalade ou l’extension de la guerre. Ce sont là des détails certainement pertinents si l’on veut juger si la relation bilatérale constitue un atout ou un handicap pour les États-Unis.

Le rapport élude ces réalités et passe rapidement à une série de dix propositions qui, selon lui, permettront de faire passer le partenariat bilatéral au « niveau supérieur ». Du point de vue de la protection des intérêts nationaux américains, ces idées vont de mauvaises à insensées.

Parmi les recommandations les plus inquiétantes figurent celles qui suggèrent que les États-Unis concluent un traité de défense mutuelle avec Israël et commencent à transférer leurs moyens militaires depuis leurs positions actuelles dans le golfe Persique vers un dispositif de forces plus étendu et permanent en Israëlcomprenant notamment un nouveau quartier général du CENTCOM et un « centre régional américain d’arsenal prépositionné ». Cela briserait les barrières de sécurité établies de longue date dans les relations américano-israéliennes et porterait atteinte aux intérêts américains.

Depuis 1975, les États-Unis ont pris un engagement de sécurité envers Israël, officialisé par un protocole d’accord, qui promet des « mesures correctives » si Israël venait à faire face à une menace extérieure. Ces dernières années, cet engagement a fonctionné comme une garantie de sécurité de facto, comparable à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. Pourtant, les États-Unis se sont délibérément abstenus de signer un accord de défense mutuelle plus explicite avec Israël ou d’implanter du personnel américain à l’intérieur des frontières israéliennes, et ce pour deux raisons.

Premièrement, c’était le choix d’Israël. Jérusalem s’est longtemps enorgueillie du fait que seuls ses soldats défendaient directement le pays et qu’elle pouvait mener ses propres combats tant que les États-Unis lui offraient un soutien militaire. Deuxièmement, Washington craignait qu’une obligation de défense plus formelle ou la présence de bases avancées en Israël n’augmentent le risque que les États-Unis finissent par être entraînés dans les escarmouches frontalières incessantes d’Israël ou ne compliquent les relations avec leurs partenaires des États du Golfe, tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, sur lesquels les États-Unis comptaient pour maintenir les prix du pétrole à un niveau bas.

Les recommandations de la JINSA, qui compte parmi ses membres 43 officiers américains à la retraite — dont 24 généraux et neuf amiraux —, écartent ces limites. L’accord de défense mutuelle qu’ils décrivent est présenté comme un accord restreint qui ne serait déclenché « qu’en cas de menace existentielle majeure pesant sur Israël ou d’utilisation par l’Iran d’armes de destruction massive contre des bases américaines dans la région ». Mais l’histoire nous montre que, pour Israël, le seuil de la « menace existentielle » est facilement et souvent franchi.

Ces dernières années, Israël a fait valoir que l’Iran représentait une menace existentielle, tout en qualifiant le Hezbollah et le Hamas de défis existentiels pour la sécurité d’Israël. En d’autres termes, la signature de cet accord garantirait pratiquement l’implication des États-Unis dans de futures guerres au Moyen-Orient contre l’Iran, voire contre la Turquie, que certains en Israël ont déjà désignée comme la prochaine cible bien qu’elle soit un allié de l’OTAN.

Bien sûr, tel est l’objectif de cette recommandation : faire en sorte que, quelle que soit la perte de popularité d’Israël auprès de l’opinion publique américaine, les États-Unis soient obligés de venir à sa défense, sous peine de compromettre la crédibilité de leurs autres engagements.

L’implantation de forces militaires américaines en Israël ne ferait qu’aggraver l’aléa moral engendré par le soutien américain à ce pays. Avec le personnel américain comme « détonateur », les dirigeants israéliens auraient l’assurance que toute attaque entraînerait presque à coup sûr les États-Unis dans le conflit, ce qui ne les inciterait guère à faire preuve de retenue. Le risque que les États-Unis se retrouvent pris au piège dans les futures aventures militaires d’Israël serait élevé.

Le deuxième axe majeur des recommandations de la JINSA porte sur le partage de technologies militaires et les projets industriels conjoints entre Israël et les États-Unis. La plupart de ces propositions exigent qu’Israël bénéficie du même niveau d’accès à la technologie américaine que celui dont jouissent les alliés les plus proches de l’OTAN, qui ont passé des années à se conformer aux normes de sécurité américaines. Le fait que des responsables israéliens soient soupçonnés d’espionnage à l’encontre des États-Unis devrait suffire à nous alerter sur le fait que donner à Israël ce type d’accès à des technologies américaines sensibles serait une erreur.

La plus dangereuse de ces idées de partage technologique est toutefois celle qui suggère que les technologies israéliennes soient directement intégrées à la défense aérienne et antimissile américaine, en particulier au projet « Golden Dome ». Cette disposition signifierait que, si le projet « Golden Dome » ou un projet similaire venait à couvrir les États-Unis, la technologie israélienne ferait partie de ses fondements, rendant ainsi les États-Unis dépendants d’Israël pour leur propre défense.

Les États-Unis ont déjà tenté une initiative similaire avec Israël par le passé, et le projet avait dû être annulé. La raison ? Israël avait refusé de donner aux États-Unis l’accès au code source nécessaire pour intégrer les systèmes « Iron Dome » qu’ils prévoyaient d’acheter au réseau de défense aérienne américain. Tenter une deuxième fois ce type de coopération reviendrait à un acte d’autodestruction de la part du gouvernement américain.

Dans l’ensemble, les propositions de la JINSA ne servent donc pas les intérêts américains au Moyen-Orient ni ailleurs. En réalité, elles font exactement le contraire. Elles alourdiront le fardeau sécuritaire des États-Unis et les enchaîneront au Moyen-Orient d’une manière qui pourrait rapidement devenir irréversible, tout en compromettant la sécurité physique du territoire national. Et elles le feront au prix de 38 milliards de dollars pour les contribuables américains, sous la forme d’une aide militaire annuelle.

Un tel résultat devrait être tout à fait inacceptable pour n’importe quel président américain, quel que soit l’allié ou le partenaire en question, et en particulier pour un président qui a fait campagne en promettant de donner la priorité aux intérêts américains.

Ailleurs, le président Donald Trump pousse ses alliés à se défendre sans trop (voire sans aucun) soutien américain. Il devrait faire de même avec Israël. Le cycle sans fin des protocoles d’accord a fait son temps. L’actuel devrait être le dernier.

Le Dr Jennifer Kavanagh est chercheuse senior et directrice de l’analyse militaire chez Defense Priorities. Auparavant, le Dr Kavanagh était chercheuse senior à la Fondation Carnegie pour la paix internationale et politologue senior à la RAND Corporation. Elle est également professeure associée à l’université de Georgetown.

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