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Variant entre 15% et 50%, les surtaxes dévoilées par Ottawa ne visent que les produits déjà surtaxés par Washington.
Boris Proulx, Marie-Michèle Sioui
Le Canada passe à l’offensive contre les États-Unis sous le signe de la retenue. Ottawa impose ses propres droits de douane sur 27,6 milliards de dollars de produits américains, mais seulement sur ceux que les États-Unis surtaxent déjà, pour éviter d’aggraver le conflit avec le gouvernement Trump.
« Les contre-tarifs du Canada sont d’abord conçus pour fournir une protection aux industries victimes des droits de douane américains et leur permettre de compétitionner contre les produits américains sur le marché canadien », a expliqué mardi le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, devant des travailleurs d’une usine à Ottawa.
Dès le lendemain de la fête du Travail, le 8 septembre, l’acier et l’aluminium seront frappés de la même surtaxe, qu’ils traversent la frontière vers le nord ou vers le sud : 50 %. La même logique de réciprocité vaudra pour les meubles, les vêtements, le papier, les outils, les électroménagers ou encore les produits de la mer envoyés au sud de la frontière.
Le gouvernement canadien a choisi quelque 700 produits parmi la liste — beaucoup plus longue — de ses propres biens qui subissent présentement la politique tarifaire du gouvernement Trump. Certains figurent parmi les biens dits « stratégiques » (article 232) ; d’autres sont victimes depuis moins d’une semaine de surtaxes punitives (article 338).
Ottawa accole à sa sélection de produits américains un taux de 15 %, 25 % ou 50 %, pour que le tout s’applique à des marchandises ayant exactement la même valeur totale que celles que visent les plus récentes surtaxes américaines : 27,6 milliards de dollars canadiens.
Des contre-mesures « stratégiques »
Cette riposte a été qualifiée de « proportionnelle, ciblée et stratégique » par le ministre Champagne. Aussi présente au point de presse de mardi, sa collègue Mélanie Joly a comparé cette riposte mesurée à une manche aux cartes : « On sait qu’on a plein de bonnes cartes dans notre jeu. Mais on n’est pas prêts à les utiliser tout le temps lors de la première main, pour être intelligents. »
La ministre de l’Industrie a soutenu que les autorités avaient choisi les produits surtaxés en ayant en tête l’idée d’appliquer une « pression politique » sur certains États, mais n’a pas souhaité donner ne serait-ce qu’un seul exemple.
Son gouvernement avait plutôt comme objectif premier de maintenir la compétitivité des entreprises canadiennes sur le marché intérieur.
Seuls les produits déjà surtaxés du côté américain ont été visés, afin de prévenir l’entraînement d’autres secteurs de l’économie dans le tourbillon du conflit commercial, ont expliqué de hauts fonctionnaires aux journalistes mardi.
Les élus présents à l’annonce officielle ont fortement incité les Canadiens à acheter local de manière générale. « Le plus grand pouvoir que l’on a, c’est notre propre pouvoir d’achat. On peut choisir d’acheter canadien », a scandé François-Philippe Champagne. Il serait prématuré de chiffrer tout de suite le coût de la réplique tarifaire canadienne ou ses revenus pour l’État, dit-il, puisqu’il s’attend à ce que les consommateurs modifient leurs habitudes.
Le fédéral a aussi annoncé mardi diverses mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs, totalisant 7,5 milliards de dollars. Elles comprennent, par exemple, un appui financier aux entreprises ou encore la prolongation des prestations d’assurance-emploi.
Frapper où ça fait assez mal ?
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, plaidait plutôt pour une réponse du Canada à même de faire beaucoup de dommages aux États-Unis. « Il faut s’assurer que nos contre-tarifs fassent mal aux Américains et limitent au maximum les inconvénients pour des entreprises au Québec », avait-elle déclaré avant d’apprendre les détails de la réponse fédérale.
Mme Fréchette a insisté sur l’importance que les droits de douane à venir « ne génèrent pas plus de dommages que les tarifs eux-mêmes ». Différents experts s’étaient aussi prononcés pour des mesures capables de toucher le portefeuille des entreprises qui ont l’oreille du président Donald Trump, donc susceptibles de le faire changer d’idée.
« La bonne façon de répliquer, ce n’est pas de faire augmenter le coût de la vie au Canada ou de frapper les petites entreprises américaines, les travailleurs américains. Il faut frapper là où ça fait mal, frapper les groupes d’intérêts », a fait valoir Julian Karaguesian, ancien diplomate canadien aujourd’hui chargé de cours au Département d’économie de l’Université McGill, dans une entrevue réalisée avant l’annonce d’Ottawa.
L’ex-déléguée générale du Québec à New York Catherine Loubier n’a pas été rassurée par l’annonce des contre-mesures tarifaires. « Ce que j’espère le plus, c’est que [les parties] retournent à la table. […] Je pense que des tarifs des deux côtés, c’est extrêmement dommageable. C’est la pire chose qui pourrait arriver à l’économie canadienne en ce moment », a-t-elle déclaré au Devoir.
Quels droits de douane américains visent le Canada ?


Le gouvernement canadien n’a rien dit laissant entendre qu’il serait prêt à limiter ou à taxer les exportations de pétrole ou d’électricité, par exemple. Il n’a annoncé ni qu’il reculait sur les commandes d’avions de chasse F-35, ni qu’il comptait ramener la taxe sur les services numériques, ou « taxe Netflix », abandonnée pour amadouer le président Donald Trump lors d’une série de négociations précédente.
Le Bloc québécois avait suggéré ces deux dernières mesures pour répliquer au gouvernement Trump, à la suite de l’échec des négociations commerciales la fin de semaine dernière. Son chef, Yves-François Blanchet, a quand même célébré mardi les nouvelles mesures d’aide aux entreprises, dont il revendique l’idée.
Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a exigé de nouveau mardi le dévoilement du défunt projet d’entente avec les États-Unis. Il souhaite aussi rappeler le Parlement pour adopter un plan d’action économique, qui inclurait de nombreuses baisses d’impôt.
Le dévoilement des contre-mesures tarifaires survient au lendemain des propos du premier ministre Mark Carney selon lesquels les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable, au même titre que la Russie. Le gouvernement Trump se prépare de son côté à accentuer la pression sur l’industrie automobile canadienne en imposant de nouvelles surtaxes de 50 % sur les véhicules et les pièces dès janvier 2027.
Mardi matin, Donald Trump a pris le clavier pour exprimer sur Internet son affection pour les Canadiens français et parler de son projet de renommer le lac Ontario « lac de l’Amérique ».
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