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NOURNEWS – L’attaque américaine contre l’île de Larak et la riposte iranienne ne constituent pas simplement un nouvel épisode du cycle « attaque-représailles » ; elles marquent un changement sur le champ de bataille. Le changement intervenu dans la gestion de l’appareil de sécurité nationale et la présence de Mohsen Rezaei, qui coïncident avec les développements sur le terrain, pourraient indiquer une stratégie visant à alourdir le coût des décisions militaires américaines et à faire peser la pression de la guerre sur l’économie et la politique intérieures de Washington.

L’attaque américaine contre l’île de Larak et la riposte iranienne ne peuvent être considérées simplement comme un nouvel épisode du cycle habituel « attaque-représailles ». L’importance de cet incident réside dans le fait que, dans un contexte d’impasse politique et militaire, des signes d’un changement sur le champ de bataille sont apparus, changement dans lequel l’Iran cherche, plutôt que de rivaliser avec les États-Unis à grands frais dans le domaine de la supériorité militaire, à augmenter le coût de l’utilisation de cette supériorité par les États-Unis.

Cette évolution intervient après une période intense de pressions politiques, économiques et diplomatiques. Ces dernières semaines, les États-Unis ont insisté sur l’intensification de la pression économique, la poursuite de la guerre et leur refus de toute négociation, cherchant à faire passer le message que le temps ne joue pas en faveur de Téhéran. Parallèlement, les visites à Téhéran de responsables pakistanais, omanais et qatariens se sont multipliées, une tendance qui, à tout le moins, pourrait être considérée comme visant en partie à transmettre des messages et à exercer une pression indirecte pour modifier les calculs de l’Iran. Les médias régionaux ont également décrit ces visites comme s’inscrivant dans le cadre d’efforts visant à apaiser les tensions et à rouvrir un canal diplomatique.

Mais ce qui s’est passé après ces rencontres n’a pas laissé entrevoir de changement dans la stratégie de Téhéran. Les déclarations des responsables iraniens ont montré que la pression diplomatique n’avait pas réussi à modifier les exigences fondamentales de l’Iran, et après l’échec des efforts diplomatiques pour sortir de l’impasse, la confrontation militaire s’est à nouveau intensifiée.

Ce point mérite une attention particulière : Téhéran semble avoir modifié les calculs de la partie adverse plutôt que les siens.

L’appareil de sécurité nationale et un changement dans la logique de gestion de la guerre

La nomination de Mohsen Rezaei au poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale à ce stade ne doit pas être considérée comme un simple remaniement administratif. Rezaei est une personnalité qui a consacré une part importante de sa carrière politique et militaire à la gestion de la guerre et à l’élaboration de stratégies dans des conditions d’usure. L’importance de sa présence au sein de l’appareil de sécurité nationale dépasse son parcours en tant que commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique pendant la guerre de huit ans ; elle tient à son approche de la guerre, qui ne limite pas le champ de bataille aux seules opérations militaires.

Les récentes déclarations de Rezaei indiquent également un changement dans l’approche de l’Iran en matière de défense et de diplomatie. Il a déclaré que la manière dont l’Iran mène la guerre allait évoluer et, dans d’autres propos, a souligné le lien entre pression économique, sécurité régionale et capacités défensives.

Ce changement peut se résumer ainsi :

L’Iran ne cherche plus simplement à riposter à une frappe américaine ; il cherche à imposer un coût au processus décisionnel américain.

Il s’agit là d’une différence fondamentale.

Dans le modèle précédent, les États-Unis attaquaient et l’Iran ripostait afin de préserver sa force de dissuasion. Dans le nouveau modèle, en revanche, la riposte ne vise pas uniquement à punir l’agresseur ; elle doit plutôt être conçue pour rendre la prochaine décision américaine plus difficile et plus coûteuse.

L’attaque contre Larak et la riposte de l’Iran dans la région peuvent également être analysées sous cet angle. Téhéran montre que la géographie de sa riposte ne doit pas nécessairement refléter celle de l’attaque, et que le champ d’action de la pression peut être bien plus vaste que le lieu choisi par les États-Unis.

Où se situe la vulnérabilité des États-Unis ?

L’Iran n’est peut-être pas en mesure de rivaliser avec les États-Unis en termes absolus en matière de puissance aérienne, de puissance navale et d’armement. Mais il n’en a pas nécessairement besoin.

La vulnérabilité des États-Unis réside ailleurs : dans le coût de la guerre.

Washington peut lancer davantage d’attaques, mais chaque attaque ne se traduit pas nécessairement par un renforcement du pouvoir politique américain. Si le recours à la force militaire accroît l’incertitude, les risques liés au transport maritime et la pression sur les marchés de l’énergie, une partie du coût d’une attaque sera directement répercutée sur l’économie américaine.

C’est là que le détroit d’Ormuz prend toute son importance pour Téhéran — non seulement en tant que voie navigable, mais aussi en tant que levier permettant de répercuter les coûts.

Une pression accrue sur le trafic maritime, des risques plus élevés en matière d’assurance et de transport, ainsi que des perturbations sur les marchés de l’énergie pourraient d’abord peser sur le pétrole et les produits raffinés, avant que les effets ne se répercutent sur le diesel, les transports, l’agriculture, les chaînes d’approvisionnement et les prix des matières premières.

Dans ce scénario, l’Iran n’a pas nécessairement besoin de détruire une base militaire pour frapper les États-Unis ; il lui suffit d’augmenter le coût économique de la guerre.

Le paradoxe américain

Washington est aujourd’hui confronté à un paradoxe très grave.

S’il ne recourt pas à la force militaire, l’Iran pourrait en conclure que la menace militaire n’a plus le même pouvoir dissuasif et qu’il dispose d’une plus grande marge de manœuvre pour accroître la pression.

Si les États-Unis intensifient leurs attaques, les tensions s’exacerberont, et cette même escalade des tensions pourrait aggraver les risques énergétiques et les coûts économiques.

En d’autres termes, les États-Unis sont confrontés à deux choix, qui comportent tous deux des coûts :

Ne pas recourir à la force militaire à grande échelle entraîne un coût en termes de dissuasion ; un recours massif à cette force entraîne des coûts économiques et politiques.

C’est le piège que l’Iran a tendu à Washington et qu’il cherche à approfondir.

Téhéran ne cherche pas à vaincre militairement les États-Unis ; son objectif pourrait être de placer ces derniers dans une situation où la poursuite d’une victoire militaire deviendrait de plus en plus coûteuse sur les plans politique et économique.

Élections de novembre : un point critique de l’équation

Ce paradoxe prend une importance bien plus grande à l’approche des élections de novembre.

Trump doit présenter la guerre aux électeurs américains comme un succès — une guerre dans laquelle les États-Unis ont fait preuve de puissance, l’Iran a reculé et les coûts sont restés sous contrôle.

Mais si la guerre s’éternise, que les prix de l’énergie augmentent, que la pression sur les produits raffinés s’accentue, que les coûts de transport et de production grimpent et que les marchés financiers américains subissent également des pressions, le discours de la « victoire » se heurtera à une question simple :

Si les États-Unis ont gagné, pourquoi la guerre n’est-elle pas terminée, et pourquoi ses coûts augmentent-ils ?

C’est à ce moment-là qu’une guerre à l’étranger peut devenir un enjeu politique intérieur aux États-Unis.

En effet, en poursuivant cette stratégie, l’Iran cherche à transformer la résilience américaine à l’approche des élections en une variable politique.

Et cela est plus dangereux pour Washington qu’une défaite tactique sur le champ de bataille.

La nouvelle carte de l’Iran

Ces dernières semaines, Téhéran a fait un calcul important : les États-Unis sont plus vulnérables au coût d’une utilisation continue de leur puissance militaire qu’à un éventuel manque de puissance militaire en soi.

C’est sur ce point que l’Iran peut se concentrer.

La pression sur l’énergie, la hausse des coûts de la guerre, l’incertitude croissante des marchés, l’épuisement des ressources militaires et, en fin de compte, le transfert des conséquences de la guerre dans la vie quotidienne des Américains pourraient créer une chaîne dont le point d’arrivée se situerait à Washington et dans les urnes.

Dans cette perspective, l’attaque contre Larak est moins le début d’une nouvelle opération qu’un test d’une nouvelle logique.

Les États-Unis peuvent utiliser leur puissance militaire pour attaquer Larak ; mais si la riposte de l’Iran oblige Washington à payer un prix économique, régional et politique pour chaque attaque ultérieure, l’équation a changé.

Dans ce cas, la question n’est plus de savoir quelle partie dispose de la plus grande puissance destructrice.

La question est de savoir quel camp peut augmenter le coût de la puissance de l’autre.

Et il semble qu’avec la prise en main de l’appareil de sécurité nationale par Rezaei, l’Iran joue de plus en plus cette carte :

Déplacer la guerre du domaine de la supériorité militaire américaine vers celui de la résilience américaine ; des missiles à l’énergie, des bases militaires à l’économie, et du champ de bataille aux urnes.

Si cette stratégie aboutit, Washington sera confronté à l’une de ses équations de guerre les plus difficiles : il ne pourra ni se retirer facilement, ni avancer sans en payer le prix.

C’est précisément ce que l’on peut qualifier d’impasse stratégique.

C’est peut-être pour cette raison que l’attaque contre Larak ne doit pas être considérée comme la fin d’une nouvelle série d’affrontements, mais comme le début d’une nouvelle phase d’une guerre de résilience, une phase dans laquelle l’atout gagnant n’est pas nécessairement la bombe la plus puissante, mais plutôt l’intelligence et la capacité à imposer un coût que l’adversaire ne peut plus dissimuler dans ses calculs électoraux.

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