Étiquettes

, ,

Un article du journal Haaretz sur l’avertissement lancé par Mohammed ben Zayed à Benjamin Netanyahou avant le 7 octobre, ainsi que la réponse soigneusement formulée d’Abou Dhabi, ont une nouvelle fois soulevé des questions quant à la nature des relations entre les Émirats arabes unis et Israël en matière de sécurité. De la coopération en matière de renseignement à leur rôle défensif dans la guerre contre l’Iran, la position des Émirats arabes unis dans cette équation devient de plus en plus claire.

Nournews : Un récent article du journal israélien Haaretz concernant l’avertissement adressé par Mohammed ben Zayed à Benjamin Netanyahu environ dix jours avant l’opération du 7 octobre a une nouvelle fois mis en lumière les liens sécuritaires entre Abou Dhabi et Tel-Aviv. Bien que le bureau du Premier ministre israélien ait démenti ces informations, la réponse des Émirats arabes unis, plutôt que de nier catégoriquement les faits, a souligné l’existence de canaux de communication directs entre les responsables des deux parties et le partage d’informations lorsque cela s’avère nécessaire.

Selon Haaretz, ben Zayed aurait averti Netanyahu lors d’une conversation de la possibilité d’une opération de grande envergure menée par le Hamas et aurait même mentionné le nom de Yahya Sinwar. Le bureau de Netanyahu a rejeté cette version des faits. Les Émirats arabes unis, quant à eux, ont déclaré ne pas commenter les informations parues dans la presse ni les spéculations concernant les conversations entre dirigeants nationaux, tout en confirmant l’existence de canaux de communication ouverts et directs entre les deux parties.

Que les détails rapportés par Haaretz soient exacts ou non, cette réponse soulève une question importante : si Abou Dhabi avait connaissance de la possibilité d’une opération palestinienne de grande envergure, pourquoi Israël a-t-il été le destinataire de cette information ?

Si cette information est exacte, la décision d’adresser cet avertissement à Israël suggère que la sécurité d’Israël faisait partie des calculs sécuritaires d’Abou Dhabi.

Cette question ne peut être dissociée de l’évolution des relations entre les Émirats arabes unis et Israël. Les Accords d’Abraham ont transformé les liens entre les deux parties, passant d’une relation limitée et largement en coulisses à un partenariat officiel et de grande envergure — un partenariat qui s’étend au-delà de l’économie et du commerce pour englober la sécurité et la défense.

Dans ce cadre, si des renseignements ont effectivement été partagés avant le 7 octobre, cela pourrait être considéré comme la preuve d’un niveau de coopération en matière de renseignement qui va au-delà des relations diplomatiques conventionnelles.

Mais l’importance de cette question pour l’Iran apparaît clairement à l’étape suivante.

La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’est pas simplement une confrontation entre Téhéran et Washington ou Tel-Aviv. Elle met également à l’épreuve l’architecture de sécurité émergente de la région. Les Émirats arabes unis sont, d’une part, un voisin de l’Iran et l’un des pays clés de la rive sud du golfe Persique. D’autre part, ils sont devenus ces dernières années l’un des partenaires de sécurité les plus proches des États-Unis et d’Israël dans la région.

Au cours de la guerre en cours, des rapports documentés ont fait état du déploiement ou du transfert de systèmes de défense aérienne israéliens vers les Émirats arabes unis afin de contrer les attaques iraniennes. Combinés à la présence militaire américaine dans la région et à la coopération de longue date entre Abou Dhabi et Washington en matière de défense, ces développements indiquent que les Émirats arabes unis ont acquis une position particulière au sein de l’architecture de sécurité américano-israélienne dans le golfe Persique.

Dans cette perspective, pour comprendre la position d’Abou Dhabi, il faut aller au-delà de ses déclarations officielles selon lesquelles le pays « ne souhaite pas étendre la guerre ». Il faut également prendre en compte ses partenaires en matière de sécurité, ses canaux de renseignement et ses intérêts communs.

Le rapport faisant état de l’avertissement adressé par bin Zayed à Netanyahou soulève une question sérieuse : les Émirats arabes unis se sont-ils définis comme indépendants d’Israël dans leur confrontation avec le mouvement de résistance, ou ont-ils développé des intérêts sécuritaires communs avec Tel-Aviv ?

Au vu de l’évolution des relations entre les Émirats arabes unis et Israël depuis les Accords d’Abraham, la réponse n’est pas particulièrement difficile à trouver. Les Émirats arabes unis et Israël ont développé des intérêts communs, du moins dans certains domaines, pour contenir les mouvements de résistance et empêcher tout bouleversement de l’équilibre sécuritaire dans la région.

Cela peut également contribuer à expliquer le comportement d’Abou Dhabi pendant la guerre avec l’Iran. Outre leur coopération en matière de sécurité et de renseignement avec Israël et les États-Unis, les Émirats arabes unis ont, selon plusieurs rapports documentés, apporté leur soutien à l’agression militaire d’Israël et de Washington contre l’Iran par une participation directe aux opérations militaires.

Si l’on considère l’avertissement qui aurait été donné avant le 7 octobre à la lumière de l’historique de la coopération en matière de sécurité entre les Émirats arabes unis et Israël et des récents développements dans le domaine de la défense, la possibilité d’une coordination étroite en matière de renseignement et de sécurité ne peut plus être écartée comme une question marginale.

Compte tenu de la complexité de la situation qui prévaut dans la région, la question ne se résume pas à savoir ce que bin Zayed savait à la veille du 7 octobre ou ce qu’il a dit à Netanyahu. La question la plus importante est de savoir de quel côté les Émirats arabes unis ont choisi d’aligner leurs intérêts au sein de l’architecture de sécurité émergente de la région.

Abu Dhabi peut officiellement se présenter comme neutre dans la guerre contre l’Iran. Mais en matière de politique étrangère, la position d’un pays ne se résume pas à ses déclarations officielles. Ses réseaux de sécurité, ses partenaires du renseignement et ses choix stratégiques font également partie de la réponse.

De l’avertissement adressé par les Émirats arabes unis à Netanyahou avant le 7 octobre à la coopération militaire et en matière de renseignement pendant la guerre contre l’Iran, la question devient de plus en plus difficile à éluder : de quel côté du golfe Persique se situent réellement les Émirats arabes unis ?

Nournews