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Alex Krainer

Au début du mois (vers le jeudi 3 septembre 2026), le mouvement yéménite Ansarallah a lancé une offensive terrestre de grande envergure visant à occuper physiquement le littoral sud de la péninsule arabique, avec pour objectif ultime de prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb. Hier, à peine une semaine plus tard, leur offensive a remporté un succès retentissant : Ansarallah s’est emparé de la ville portuaire de Mocha ainsi que d’une importante quantité de matériel militaire fourni par les États-Unis, et a poursuivi sa progression vers le sud en direction de Dhubab, où les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite se sont repliées.

Selon l’AFP et Reuters, en l’espace de quelques heures, Dhubab a également été prise. Les informations de ce matin indiquent qu’Ansarallah aurait également pris Hisn Murad, le point de la côte yéménite où le détroit de Bab el-Mandeb est le plus étroit (24 km de large), achevant ainsi presque sa mainmise sur ce goulet d’étranglement stratégique de la mer Rouge.

La situation sur le terrain semble s’aggraver davantage, toujours en faveur d’Ansarallah. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aurait appelé le président Trump à deux reprises pour demander aux forces américaines présentes dans la région d’intervenir et de frapper les forces d’Ansarallah, mais Trump aurait refusé d’ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient pour des forces américaines déjà surchargées.

Dans le même temps, les nouveaux alliés militaires de l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, ne sont pas non plus pressés de se lancer dans la mêlée. À l’instar des États-Unis, la Turquie a refusé d’intervenir, tandis que le Pakistan semble avoir opté pour des avertissements et des lettres au ton sévère adressées aux Yéménites et au gouvernement iranien. Téhéran affirme quant à lui n’avoir aucune implication dans le conflit actuel contre l’Arabie saoudite.

Des secousses sur le marché pétrolier

Tout cela constitue des nouvelles très inquiétantes pour le marché mondial du pétrole. Depuis mars de cette année, après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, les exportations de pétrole de l’Arabie saoudite ont été réacheminées vers l’est via le port de Yaubu, sur la mer Rouge, et par le détroit de Bab el-Mandeb. Cette voie est désormais fermée, ne laissant que le canal de Suez et l’oléoduc Sumed vers la Méditerranée comme seules voies d’exportation pour le pétrole brut saoudien.

En conséquence, les contrats à terme sur le Brent et le West Texas Intermediate ont bondi hier de 6,42 $ et 6,43 $ le baril (respectivement +6,34 % et +6,43 %). Toutefois, ces niveaux de prix restent peut-être encore relativement bas compte tenu de l’ampleur potentielle de la perturbation des exportations de pétrole au Moyen-Orient. Le problème ne se limite pas à l’exportation de pétrole brut : il affecte également les taux de fret des pétroliers, qui ont plus que quadruplé depuis le début de l’aventure imprudente de Trump au Moyen-Orient, comme l’illustre le graphique ci-dessous :

Les frais de transport des superpétroliers empruntant la route de référence entre le Moyen-Orient et la Chine ont atteint un niveau record de près de 800 000 dollars par jour. Dans le même temps, les très grands pétroliers (VLCC) en provenance du golfe du Mexique et à destination de l’Asie se verraient proposer, selon certaines informations, un fret forfaitaire record de 29,5 millions de dollars. Cette somme équivaut à près de 15 dollars le baril !

Il n’y a pas de lumière au bout de ce tunnel

Il est difficile d’imaginer comment cette histoire pourrait connaître une fin heureuse sans provoquer un chaos économique, en particulier pour les pays occidentaux. Les États-Unis n’ont pas réussi à soumettre l’Iran par la voie militaire. Plus de dix ans d’efforts concertés pour vaincre Ansarallah n’ont fait que renforcer cette force militaire déjà redoutable. La réticence actuelle de Donald Trump à intervenir au Yémen signifie probablement que les États-Unis concentreront leurs efforts de guerre sur l’Iran, considéré comme le vaisseau amiral de la résistance anti-impérialiste. Mais au fil du temps, l’Iran semble lui aussi gagner en puissance et en efficacité dans ses engagements militaires.

Sans oublier que l’Iran bénéficie du soutien total de la Russie et de la Chine. Si l’opération « Epic Fury » et les six derniers mois de pressions économiques et militaires sur l’Iran n’ont pas réussi à renverser son gouvernement, il est difficile d’imaginer ce que les États-Unis et leur allié israélien pourraient faire à ce stade pour inverser l’ascension de l’Iran en tant que puissance régionale dominante. À moins, bien sûr, qu’ils ne décident de recourir à l’impensable…

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