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S’il souhaite poursuivre le dialogue avec les Houthis pour aider à résoudre la crise qui s’aggrave en mer Rouge, Mascate est son intermédiair

Giorgio Cafiero

La volonté du Sultanat d’Oman de dialoguer avec tous les acteurs du Moyen-Orient et au-delà constitue depuis longtemps un pilier de la politique étrangère de Mascate. Cependant, alors que la guerre fait rage dans la région, les efforts déployés par Oman pour entretenir des relations pragmatiques et normales avec l’Iran ont alimenté des tensions avec la Maison Blanche.

Cela a notamment été mis en évidence par les menaces proférées précédemment par le président Donald J. Trump, qui avait déclaré vouloir « faire sauter » et « bombarder à outrance » Oman en réponse aux discussions menées par Mascate avec Téhéran au sujet du statut futur du détroit d’Ormuz.

Malgré ces menaces, il est clair que Washington reconnaît la valeur d’Oman en tant que passerelle vers l’Iran et d’autres acteurs régionaux.

Alors que la lutte pour le contrôle de la côte yéménite de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandab devient le « front occidental » de la crise plus large entre les États-Unis et l’Iran, l’administration Trump s’est tournée vers Oman pour obtenir de l’aide dans le cadre des efforts de désescalade et des pourparlers directs entre Washington et le mouvement Ansar Allah, plus connu sous le nom de Houthis. Le 15 septembre, le secrétaire d’État Marco Rubio s’est entretenu par téléphone avec son homologue omanais, Sayyid Badr al-Busaidi, et a « exprimé son soutien au renforcement des liens entre Oman et les États-Unis », selon un communiqué de presse du Département d’État.

« Ici, à Oman, on comprend mieux la portée de cet entretien téléphonique entre Rubio et al-Busaidi non pas comme une simple courtoisie diplomatique isolée, mais comme un signe fort indiquant que Washington considère toujours Oman comme un interlocuteur diplomatique et stratégique indispensable », a expliqué un ancien diplomate omanais qui s’est confié à RS sous couvert d’anonymat.

« On peut également y voir une forme de “correction stratégique”. Quelle que soit la rhétorique politique, l’administration américaine a besoin d’une relation fonctionnelle avec Mascate », a-t-il ajouté.

Quelques jours avant l’entretien téléphonique entre Rubio et al-Busaidi, des responsables américains et des hauts représentants d’Ansar Allah se sont rencontrés à l’ambassade des États-Unis à Mascate, avec le soutien de médiateurs omanais. Au cours de cette réunion, qui a eu lieu quelques jours après que les Houthis eurent mené avec succès leur offensive contre les forces du gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite sur la côte ouest du pays, les Houthis auraient fait savoir aux responsables américains que leur groupe n’avait aucune intention de prendre pour cible des navires américains.

Par ailleurs, le 12 septembre, Donald Trump a déclaré qu’Ansar Allah avait contacté son administration par téléphone pour demander à Washington de s’abstenir d’intervenir dans le conflit au Yémen. Deux jours plus tard, le vice-président JD Vance a confirmé que Washington était en contact direct avec le mouvement houthiste.

Cette rencontre entre les États-Unis et les Houthis illustre bien que « Mascate n’est pas simplement un partenaire diplomatique dans l’abstrait », a fait remarquer l’ancien diplomate omanais. « Elle fait office de l’un des rares lieux où les multiples acteurs de la confrontation régionale peuvent potentiellement communiquer. »

Du point de vue des responsables de Mascate, l’instabilité au Yémen menacera toujours les intérêts vitaux d’Oman en matière de sécurité et d’économie. Un conflit au sein ou aux abords du détroit de Bab el-Mandab perturbera inévitablement les flux commerciaux et énergétiques. Cela risque de nuire à l’environnement maritime au sens large, sapant ainsi les ambitions d’Oman concernant ses ports et ses pôles logistiques, qui sont essentiels au programme de développement économique et de diversification « Vision 2040 » du pays.

Par conséquent, empêcher la formation d’un arc d’insécurité maritime s’étendant du Yémen au golfe Persique relève tout à fait des intérêts nationaux d’Oman.

« Malgré une politique étrangère relativement neutre, les responsables omanais ont conscience que ces problèmes les concernent, et lorsqu’un enjeu vraiment important se présente à Washington, Oman est prêt à apporter son aide et à jouer un rôle », a déclaré à RS David Des Roches, professeur à l’Institut Thayer Marshall.

Les organisations néoconservatrices et bellicistes, telles que la Foundation for Defense of Democracies, aiment dépeindre Oman comme un acteur peu fiable et problématique, aligné sur le camp dirigé par l’Iran. Cependant, une politique étrangère américaine qui considérerait Mascate comme une menace pour les intérêts de Washington rendrait plus difficile la poursuite des intérêts américains vis-à-vis du Yémen, de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz.

L’entretien téléphonique de Rubio avec son homologue omanais « suggère que Washington ne souhaite pas que les relations entre les États-Unis et Oman deviennent des dommages collatéraux du conflit avec l’Iran », a déclaré l’ancien diplomate omanais, qui estime que l’administration Trump a « pris conscience qu’une rupture des relations entre les États-Unis et Oman porterait donc atteinte à un partenariat de sécurité américain bien établi et risquerait de faire disparaître un canal diplomatique important au moment même où Washington en a besoin ».

Une dynamique paradoxale est à l’œuvre : la crise actuelle entre les États-Unis et l’Iran rend le rôle diplomatique de Mascate plus précieux, tout en le rendant potentiellement plus dangereux.

« Plus Washington a besoin d’Oman en tant qu’intermédiaire, plus l’importance diplomatique d’Oman s’accroît », a déclaré l’ancien diplomate omanais. « Mais plus Oman s’implique dans la diplomatie entre les États-Unis et l’Iran ou entre les États-Unis et les Houthis, plus le risque est grand qu’une des parties interprète le rôle d’Oman comme un ralliement à l’autre camp. »

Giorgio Cafiero est PDG et fondateur de Gulf State Analytics, un cabinet de conseil en risques géopolitiques basé à Washington, DC. Il est également professeur adjoint à l’université de Georgetown et chercheur associé à l’American Security Project.

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