Comment le président Johnson a contourné l’autorité constitutionnelle égale du Congrès, a transformé la Chambre des représentants en un instrument de soumission et a protégé l’administration de tout contrôle et de toute obligation de rendre des comptes.
Dennis Kucinich

Le président de la Chambre des représentants Mike Johnson (R-LA) est le Punxsutawney Phil du Capitole. À l’instar de la légendaire marmotte qui sort de son terrier à la fin de l’hiver, Johnson est sorti de son bureau du Capitole mercredi dernier, a examiné la motion de destitution du secrétaire Hegseth déposée par le député Thomas Massie, a entrevu l’ombre de la défaite, a rapidement ajourné la Chambre, puis s’est retranché dans son bureau jusqu’après les élections législatives de novembre.
Au lieu de six semaines supplémentaires d’hiver, nous aurons au moins six semaines supplémentaires de guerre, que nous valent le secrétaire Hegseth et son patron, le président Trump, avec l’aide du président de la Chambre Johnson qui a contourné un vote de procédure en prenant l’initiative de lever la séance, en vertu de l’article 1, clause 13, du règlement de la Chambre des représentants.
Réfléchissez-y. L’administration, poussée par les intérêts israéliens, a entraîné les États-Unis dans une guerre de son choix contre une nation qui ne représentait aucune menace pour notre pays. La guerre contre l’Iran devient chaque jour plus dangereuse, avec davantage de victimes, des coûts plus élevés et des conséquences économiques et morales plus dévastatrices.
Le 15 septembre, la Chambre des représentants a exprimé sa volonté constitutionnelle et a voté par 220 voix contre 204 pour enjoindre au président de mettre fin à la participation américaine à la guerre contre l’Iran.
Le 16 septembre, alors que la Chambre s’opposait à la guerre et que la procédure de mise en accusation proposée par Massie était en cours, le président Johnson a trahi l’Amérique en suspendant les travaux de la Chambre et en renvoyant les députés chez eux jusqu’après les élections de novembre.
Cette crise constitutionnelle dépasse le cadre d’une simple résolution ou d’un seul ministre. La Chambre des représentants constitue une branche indépendante du gouvernement, dotée de ses propres pouvoirs en matière de guerre, de crédits budgétaires et de mise en accusation.
En empêchant un vote nominal sur la procédure de destitution de Hegseth et en renvoyant les députés chez eux, le président de la Chambre a empêché celle-ci d’exercer l’un de ses freins les plus importants sur le pouvoir exécutif. Cela a eu pour effet concret de protéger l’administration d’une confrontation immédiate avec une chambre qui avait voté en faveur de la fin de la guerre.
Même sans tenir compte de la résolution Massie, le Congrès devrait faire son travail. Le Congrès aurait dû, depuis longtemps, couper les fonds destinés à la guerre contre l’Iran et suspendre toute aide à Israël et à ses dirigeants génocidaires.
Au lieu de cela, les députés ont été renvoyés chez eux à un moment où notre Constitution, nos lois, nos vies, notre liberté et notre honneur sacré sont pris en otage par une présidence hors de contrôle.
La Journée de la Constitution, le 17 septembre, s’annonçait comme – et aurait pu être – une réaffirmation du pouvoir du peuple, si la Chambre des représentants avait examiné les articles de mise en accusation du député Massie.
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, aurait enfin été tenu pour responsable d’avoir accéléré la guerre contre l’Iran, d’avoir suivi des ordres illégaux et d’avoir joué un rôle déterminant dans des exécutions extrajudiciaires. L’administration ignore les directives du Congrès visant à mettre fin à la guerre, mais elle ne peut ignorer une procédure de destitution.
Pourtant, à la demande du président de la Chambre, la procédure de destitution a été évitée grâce au report du vote. Voici comment cela s’est passé :
Le député Massie a présenté les chefs d’accusation lors d’une lecture d’une heure et demie au Congrès.
La résolution privilégiée de Massie devait être examinée dans un délai de deux jours législatifs. Or, selon la procédure parlementaire, l’ajournement prime sur les autres affaires en suspens, y compris une résolution de mise en accusation.
Le président Johnson a écourté la procédure et renvoyé les députés chez eux, évitant ainsi un vote.
Lorsque le Congrès reprendra ses travaux après les élections de novembre, les chefs d’accusation de Massie — accusant Hegseth d’avoir accéléré la guerre contre l’Iran, d’avoir exécuté des ordres illégaux et d’avoir participé à des exécutions extrajudiciaires — figureront toujours parmi les questions en suspens.
Un nombre suffisant de députés républicains, réélus ou non, mécontents de la poursuite de la guerre contre l’Iran et de la hausse des prix, pourrait rendre possible la destitution de Hegseth.
Une note de Dennis : des abonnés ont demandé : « Pourquoi ne pas destituer le président ? » Réponse : lors de la récolte, il faut toujours cueillir d’abord les fruits les plus accessibles.
Une fois la procédure de destitution engagée, ce ne sera pas seulement le secrétaire Hegseth qui sera jugé au Sénat. Ce sera la guerre contre l’Iran.
Compte tenu du manque de maîtrise de soi du président, de ses déclarations répétées sur l’« anéantissement » de l’Iran ou la « fin de la civilisation », ainsi que de son indifférence face aux prix exorbitants du carburant et à la défaite des membres républicains du Congrès, je dirais que le président lui-même pourrait suivre Hegseth au banc des accusés du Sénat.
En attendant, il nous reste encore six semaines pour continuer à interpeller les membres de la Chambre des représentants afin d’exiger la mise en accusation du secrétaire Hegseth.
Le coût de cette guerre touche chaque foyer, chaque exploitation agricole et chaque entreprise aux États-Unis.
Le prix moyen national de l’essence a grimpé à environ 4,48 dollars le gallon, soit une hausse de 41 % par rapport à l’année dernière. Le diesel a atteint le niveau record de 6,51 dollars le gallon, ce qui représente une augmentation de 76 %. Le diesel sert à transporter les denrées alimentaires, les fournitures agricoles, les produits manufacturés et pratiquement tout ce qui est livré par camion. La hausse du prix du diesel se fera sentir dans l’ensemble de l’économie. Les consommateurs américains ont déjà déboursé environ 112 milliards de dollars de plus à la pompe depuis le début de la guerre contre l’Iran.
Dans le même temps, la dette nationale approche les 40 000 milliards de dollars, et le coût des emprunts fédéraux s’envole. La semaine dernière, le rendement des bons du Trésor à dix ans a brièvement dépassé les 5 %, son plus haut niveau depuis 2007. Chaque nouveau dollar emprunté pour une guerre illégale alourdit le fardeau insupportable des intérêts que devront supporter les générations futures.
Le Congrès contrôle à la fois le pouvoir de déclarer la guerre et les finances publiques. Son président a choisi de quitter Washington tandis que l’administration continue de dépenser des fonds que le Congrès n’a jamais spécifiquement autorisés pour cette guerre.
Les Américains paient cette guerre trois fois. Nous la payons aujourd’hui par des prix plus élevés, demain par des impôts plus lourds et une réduction des investissements publics, et par une dette nationale croissante qui menace la sécurité économique à long terme du pays.
Il y a bien sûr un autre prix à payer. C’est un prix moral. La vie de nos soldats est sacrifiée inutilement, des innocents sont tués et blessés, et la réputation des États-Unis dans le monde se détériore. Pour quoi ? Pour qui ?
S’IL VOUS PLAÎT, APPELEZ VOTRE DÉPUTÉ DÈS MAINTENANT !
Le président Johnson a renvoyé la Chambre chez elle avant qu’elle ne puisse voter sur les chefs d’accusation de destitution à l’encontre du secrétaire Hegseth. Ce report donne aux Américains plusieurs semaines supplémentaires pour exiger des comptes.
Appelez votre député dès maintenant et demandez-lui de s’engager clairement et publiquement, avant les élections, à soutenir l’examen complet des chefs d’accusation.
Demandez à votre député de voter en faveur de la poursuite de la procédure de destitution du secrétaire Hegseth et de s’opposer à toute motion visant à classer, renvoyer ou enterrer de quelque manière que ce soit la résolution.
Les membres du Congrès rentrent dans leurs circonscriptions pour faire campagne. Assistez à leurs réunions publiques et à leurs interventions. Demandez-leur directement s’ils défendront l’autorité constitutionnelle du Congrès en matière de guerre et de dépenses publiques. Demandez-leur s’ils voteront pour que le secrétaire Hegseth rende des comptes.
La direction de la Chambre des représentants a peut-être reporté le vote. Elle ne peut toutefois pas empêcher le peuple américain d’exiger un vote sur la motion de destitution du secrétaire Hegseth déposée par le député Massie.
Retrouvez le nom et les coordonnées de votre représentant sur le site officiel de la Chambre des représentants, ou appelez le standard du Capitole des États-Unis au 202-224-3121 et demandez à être mis en relation avec le bureau de votre représentant. Merci.