Étiquettes

, , , , ,

Discours de Vladimir Poutine devant le Bundestag le 25 septembre 2001. (Capture d’écran d’une vidéo)

Il y a vingt-cinq ans, le 25 septembre 2001, Vladimir Poutine prononçait un discours très remarqué devant le Bundestag allemand sur les relations germano-russes et la vision d’une Europe unie. Le compte rendu fait état de nombreux applaudissements enthousiastes de la part des 650 personnes présentes au Reichstag et, à la fin, d’« applaudissements nourris – Les parlementaires se lèvent ».

Un article de Reiner Braun et Michael Müller

Deux semaines après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York, Poutine, après une brève introduction en russe, prononça son discours en allemand, « la langue de Goethe, Schiller et Kant ». Il évoqua l’histoire européenne commune et l’unité de la culture européenne. Il appela l’Allemagne à jouer un rôle de premier plan en Europe et dans le monde. Poutine considérait l’Allemagne comme son partenaire européen le plus important.

Le président russe a relancé l’idée de Gorbatchev d’une Maison commune européenne, qui n’avait pu se concrétiser en 1990, principalement en raison de l’opposition des États-Unis. Poutine l’a reprise, considérant une « Europe unie et sûre » comme le prélude à un « monde uni et sûr ». L’Europe, a-t-il affirmé, doit donc demeurer un « centre puissant et indépendant de la politique mondiale » et conjuguer ses forces à celles de la Russie pour y parvenir. Il a souligné que son pays entendait poursuivre la détente sur la voie du désarmement, de la limitation et du contrôle des armements.

Avec la fin du bloc de l’Est et de l’Ouest en 1990, l’opportunité d’une unité européenne s’offrait à nous. Pour Willy Brandt, le moment était venu de concrétiser le projet d’une « européanisation de l’Europe ». Mais l’Occident ne voyait aucune raison de se réformer ni de coopérer avec Moscou. L’Europe occidentale se considérait comme la « gagnante » de ce choc des systèmes. Et le successeur de Gorbatchev, Boris Eltsine, a fait tout ce que l’Occident souhaitait. Il a plongé la Russie dans une crise profonde, instaurant une économie de marché néolibérale dépourvue de protection sociale et favorisant l’émergence d’une nouvelle classe d’oligarques. En bref, les opportunités offertes par ce bouleversement historique pour une Europe unie n’ont été ni perçues ni saisies.

En 2001, Poutine, qui avait instauré une nouvelle stabilité dans la société russe, tendit une seconde fois la main au Reichstag en faveur d’une politique européenne commune. Mais une fois encore, les intérêts de l’OTAN l’emportèrent, et l’alliance exclusive avec les États-Unis se révéla plus forte en Allemagne et auprès des partenaires européens qu’une politique commune de compréhension et de coopération européennes. L’« Ouest » étendit l’OTAN vers l’Est, et cette seconde occasion fut également gâchée.

Les politiques néolibérales ont plongé le monde dans une crise profonde. Au lieu d’une patrie européenne commune, elles ont engendré une nouvelle confrontation. Aujourd’hui, la proposition de Poutine est dénoncée par les nouveaux tenants de la guerre froide comme une « imitation mensongère d’un impérialiste russe », et les applaudissements approbateurs au Bundestag sont qualifiés de « déni de la réalité », d’« aveuglement naïf » et de « russophilie illusoire ».

Avec les conflits en Ukraine depuis 2014, et surtout depuis le début de la guerre en 2022, l’idée que Poutine, « ancien agent du KGB », souhaite restaurer l’ancienne Union soviétique et qu’il ne reculera devant rien pour y parvenir s’est enracinée. Cette affirmation a consolidé une impasse, dont les victimes comptent les nombreux morts de la guerre en Ukraine, qui, l’an dernier, a fait autant de victimes que le conflit le plus sanglant depuis 1945 au Rwanda.

Le discours de Poutine a été préparé avec le plus grand soin, notamment avec l’aide d’Horst Teltschick. Le qualifier aujourd’hui de « lavage de cerveau » relève de justifications extravagantes. Poutine est responsable de la guerre actuelle, mais l’Europe a, par deux fois, laissé passer l’occasion de comprendre. Cela aussi fait partie de la réalité européenne. [NdE. : Cette guerre par procuration, orchestrée par Washington pour affaiblir la Russie au détriment des Ukrainiens, a été provoquée par l’expansion de l’OTAN et le mépris des avertissements diplomatiques. Lire aussi https://www.pressenza.com/fr/2026/02/lukraine-quatre-ans-plus-tard-que-reste-t-il-du-recit-officiel/]

Avons-nous une troisième chance ? Nous avons le devoir et la responsabilité de tenter de la saisir, d’autant plus que seule une Europe civile et pacifique peut jouer un rôle déterminant dans le nouvel ordre mondial. Cela implique de relancer les premières initiatives diplomatiques et de la société civile en faveur d’une sécurité commune, de résister à la militarisation et à la course aux armements au sein de notre société, de rejeter l’image d’une Russie ennemie et d’exiger des initiatives allemandes et européennes en faveur d’un cessez-le-feu et de négociations de paix en Ukraine. Enfin, et surtout, le désarmement et le contrôle des armements doivent figurer à l’agenda international.

Pressenza