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Qui le président de la République et son conseiller gouvernemental cherchent-ils à tromper ?

Ibrahim Al-Amine

Il ne s’agit pas d’une duplicité de comportement, mais d’une vaste escroquerie menée par le président de la République Joseph Aoun et son adjoint au gouvernement Nawaf Salam. Les deux hommes semblent incapables de prendre la moindre initiative. Ni les négociations ni les concessions faites face à l’ennemi n’ont abouti à un résultat notable, et la mise en œuvre des diktats américains et saoudiens sur le plan intérieur ne leur a pas permis de renforcer leur autorité. Parallèlement, le lien s’est rompu entre les membres d’un gouvernement qui a pratiquement cessé de remplir son rôle, tandis que les puissances tutélaires n’ont apporté aucun soutien à une autorité qui continue d’élaborer des budgets reposant sur l’imposition de nouvelles taxes, alors que le président de la République protège les piliers du secteur bancaire qui cherchent à échapper à toute sanction. Au lieu de dresser le bilan de près de deux ans de gouvernance, Aoun et Salam continuent de se placer, eux-mêmes et le pays, sous la coupe des puissances étrangères, qui ont répondu à leurs demandes de soutien par des exigences supplémentaires, allant jusqu’à exercer une pression exceptionnelle sur le commandement de l’armée libanaise pour le pousser à prendre des mesures susceptibles d’ouvrir la voie à un affrontement menaçant la paix civile.

Le feuilleton a commencé après la visite d’Aoun aux États-Unis, d’où il est revenu chargé des paroles mielleuses qu’il avait entendues de la bouche du président Donald Trump, ainsi que de la promesse de lancer un processus permettant aux compagnies aériennes américaines d’opérer – une promesse dont la mise en œuvre exige de soumettre le Liban à un cahier de conditions qui semble sans fin. Au fil du temps, Aoun a commencé à se rendre compte que les choses étaient plus complexes. Même la réunion de travail qu’il a tenue avec le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio ne lui a valu qu’un sermon sur la manière dont les autorités libanaises devaient honorer leurs engagements.

Pour tenter d’apaiser ce que son équipe a qualifié de « tension américaine », Aoun n’a trouvé d’autre issue qu’un article publié par son conseiller Jean Aziz dans un magazine américain peu connu, dans lequel il s’adressait à ce qu’il supposait être les membres d’un cercle d’influence aux États-Unis. Mais l’article a eu l’effet inverse, car il est apparu que Washington, qui ne souhaite pas de débat sur la question du retrait israélien, n’a qu’une seule exigence à l’égard des autorités libanaises : allez désarmer le Hezbollah, même par la force. C’est ce qu’a tenu à faire savoir le nouveau directeur de la station du renseignement militaire américain à Beyrouth aux responsables politiques et de sécurité, s’étonnant de la réticence des autorités à s’opposer au Hezbollah, même si cela devait conduire à une guerre civile !

Du côté saoudien, l’émissaire Yazid ben Farhan n’a cessé de dénoncer la faiblesse de l’action des autorités politiques au Liban. Mais ses exigences ont dépassé la simple nomination d’un procureur général de la Cour de cassation, d’un chef des services de sécurité, d’un directeur au sein d’un ministère, ou même le blocage de la nomination d’un directeur du Conservatoire national, car la candidate, sœur du prince héritier saoudien, devait rester à son poste. Ibn Farhan a même élargi son combat contre ceux qu’il considère comme des adversaires, exigeant l’exclusion de tout fonctionnaire de première catégorie pouvant être considéré comme proche du Courant du Futur, et demandant le « nettoyage » du Grand Serail des « partisans de Saad Hariri ». Dans le même temps, il insistait, aux côtés de la partie qatarie, pour que le Liban prenne des mesures concrètes visant à améliorer ses relations avec la Syrie, dans un cadre où la sécurité au Liban serait mise au service du nouveau pouvoir syrien, où se poursuit la traque de tous les opposants à l’administration du président Ahmad al-Sharaa, ainsi que l’enlèvement de citoyens syriens qui travaillaient dans les institutions de l’État syrien avant la chute du régime, et leur remise immédiate au nouveau régime, soit par le biais du mécanisme de coordination adopté sous la forme d’un traité, soit par le biais d’opérations de sécurité fictives.

Alors qu’Aoun et Salam attendaient une initiative saoudienne ou du Golfe comprenant un soutien financier permettant d’augmenter la production d’énergie, la récolte estivale de fruits s’accumulait chez les agriculteurs, tandis que les Saoudiens se voyaient toujours interdire de se rendre au Liban. Quant aux programmes de soutien supposés de l’État, Ibn Farhan a de nouveau lié leur mise en œuvre aux réformes que, selon le Fonds monétaire international, le Liban n’a pas menées à bien, tout en exerçant une forte pression pour ne pas donner suite à aucune initiative des Émirats arabes unis et pour ne pas ouvrir les portes aux hommes d’affaires des Émirats ou du Qatar souhaitant investir au Liban, De plus, les Américains et les Saoudiens, de leur côté, exigent – et Aoun et Salam s’y conforment – que soit bloquée toute décision exécutive susceptible de favoriser la reconstruction.

En effet, le ministre des Finances, Yassin Jaber, affirme attendre une décision d’Aoun et de Salam pour débloquer environ 35 millions de dollars disponibles dans le Trésor public afin de soutenir la reconstruction, tandis que Salam refuse d’écrire à la Ligue arabe pour obtenir le versement d’une somme de 20 millions de dollars versée par l’Irak au profit de la reconstruction, Il s’abstient également de prendre toute mesure exécutive pour utiliser les 75 millions de dollars approuvés à Paris, et les deux hommes font obstacle à l’utilisation d’une partie d’un prêt de la Banque mondiale destiné à la reconstruction et à l’aide d’urgence.

Au lieu d’apporter un soutien concret à leur autorité au Liban, les États-Unis et l’Arabie saoudite exigent davantage de mesures concrètes contre la résistance, même au prix d’une guerre civile au Liban.

Et soudain, il est apparu que les deux puissances tutélaires étrangères, américaine et saoudienne, ainsi que les piliers du pouvoir à Beyrouth, aux côtés d’un groupe de politiciens et de députés, ont eu le sentiment que la situation leur échappait. Au lieu de prendre des mesures concrètes s’écartant de leur ligne de conduite antérieure, ils se sont remis à attaquer la résistance et le Hezbollah. L’administration américaine a réagi avec une certaine « frénésie » face aux informations divulguées il y a deux semaines concernant l’intention du Hezbollah d’apporter une aide financière aux déplacés.

Après que le Département d’État américain eut démenti les informations faisant état de l’arrivée d’une aide financière iranienne au Liban et pris le risque – dans une démarche sans précédent , à diffuser des communiqués sans fondement, la conférence de presse du président du Conseil exécutif du Hezbollah, le cheikh Ali Daamouch, et le lancement du plan d’hébergement ont eu l’effet d’un seau d’eau froide sur des têtes en ébullition. Une campagne a alors été lancée sous l’impulsion du Département d’État américain lui-même, qui a pris l’initiative de contacter les médias libanais et arabes pour faire croire qu’aucun argent n’entrait au Liban, tandis que ses ambassades à Beyrouth, Damas, Bagdad et Ankara enquêtaient sur les mesures prises pour empêcher la contrebande d’argent vers ce pays.

Entre-temps, le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Saïd, a informé les autorités politiques qu’il était contraint de se conformer à la demande du Trésor américain de retirer l’agrément de la Banque d’exportation d’Iran, bien que celle-ci ne fasse plus partie du système bancaire depuis longtemps.

Puis est survenue l’affaire du camion chargé d’explosifs intercepté sur la route reliant le Bekaa à Beyrouth, qui a donné envie aux Américains et à leurs alliés au Liban de lancer une nouvelle campagne de diabolisation contre la résistance. Et bien que les informations concernant ce camion proviennent d’un service de renseignement étranger, obtenues par l’intermédiaire de la partie israélienne, ceux qui l’ont intercepté ignoraient que le chœur était prêt à lancer des accusations selon lesquelles les explosifs étaient destinés à commettre des assassinats à Beyrouth, et à inscrire cette affaire dans un contexte plus large.

Comme à son habitude, le parti des Phalanges, représenté par le ministre de la Justice Adel Nassar, s’est porté volontaire pour en faire une affaire de sécurité nationale en demandant son renvoi devant le Conseil judiciaire, estimant que cela permettrait de poursuivre ultérieurement la direction du Hezbollah et tous ses membres, sachant que la commission de sécurité du parti avait pris l’initiative, quelques heures après l’interception du camion, de contacter les autorités de sécurité, la justice militaire et l’armée, pour leur signaler que le camion appartenait à la résistance et qu’il s’inscrivait dans le cadre des préparatifs normaux de la résistance face à l’occupation… La situation a failli dégénérer en une tension sans précédent, avant que le président Nabih Berri ne prenne l’initiative d’appeler Salam pour lui demander d’ignorer le projet du ministre de la Justice, ce que Salam s’est engagé à faire.

Toutefois, tout cela n’a aucun sens en dehors du climat de tension qui règne dans la région, où tout le monde est à fleur de peau, au milieu de prévisions contradictoires sur ce qui pourrait se passer d’un instant à l’autre, alors que s’intensifie la campagne aux États-Unis, avec un soutien sans pareil de la part d’Israël, en faveur d’une reprise de la guerre contre l’Iran, tandis que Benjamin Netanyahou se prépare à de nouveaux assassinats où que ce soit, simplement parce que cela lui permet de rester au pouvoir et maintient son entité en état d’alerte !

Il y a là un message que les dirigeants ne semblent pas avoir bien reçu, ou qu’ils ont peut-être mal compris : cette manière d’agir n’empêche pas seulement le dialogue, mais conduit le pays là où ils devraient craindre pour la stabilité générale, non pas pour protéger leur pouvoir délabré, mais pour empêcher que les Libanais ne soient entraînés dans des aventures dont ils ne peuvent supporter les conséquences… Et pourtant, tous les piliers du pouvoir et les responsables politiques de l’autorité tutélaire s’obstinent à provoquer la résistance, afin de tester sa capacité à faire preuve de patience, mais dans l’espoir qu’Israël revienne à la guerre… C’est ce qu’a déclaré ouvertement Samir Geagea devant un forum de recherche américain il y a quelques jours, où il a continué à justifier l’agression, affirmant sans détour : « Le processus de négociation ne pourra aboutir au retrait israélien qu’après le démantèlement total du Hezbollah ! »

Al Akhbar