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Le 17 octobre a vu la juxtaposition de tous les mouvements sociaux qui ont eu lieu depuis neuf ans. Ils ont un point commun: le souhait de voir Emmanuel Macron démissionner.
Edouard Husson

L’engrenage de la violence
Si l’on résume l’enchaînement des événements depuis le début du conflit lycéen:
+ la police a reçu l’ordre de briser très durement le mouvement des lycéens. Le résultat a été une extension du conflit, l’irruption des étudiants et une mobilisation massive pour la journée du 17 octobre.
+pris de panique, l’exécutif a eu une stratégie de Gribouille; en particulier en se privant de canaliser le défilé parisien dans un cortège officiel. Cela a causé la dissémination des manifestants dans tout Paris et accéléré la perte de contrôle policière.
+ A laisser pourrir le conflit, le régime a eu droit à la juxtaposition des tous les mouvements – si l’on veut, c’est la fameuse convergence des luttes. Aux lycéens et étudiants sont venus se mêler des Gilets Jaunes, des manifestants de l’opposition à la “réforme des retraites” et des casseurs et pillards façon juin/juillet 2023.
Des réactions politiques dispersées
La réaction des forces politiques est bien typée:
+ Le pouvoir louvoie, alternant les déclarations fracassantes et les temporisations craintives.
+Les droites, à commencer par le Rassemblement National, réclament plus de répression et seraient prêtes à soutenir un état d’urgence, c’est-à-dire le maintien de Macron au pouvoir.
+ Jean-Luc Mélenchon est le seul à garder son sang froid, à demander que l’arbre de la violence ne cache pas la forêt des manifestations pacifiques et à dénoncer l’‘irresponsabilité du gouvernement.
Les enjeux de la crise actuelle
Essayons de mesurer ce qui se joue:
+ après neuf ans de macronisme, le système est épuisé. Imaginons qu’il décrète l’état d’urgence, il serait rapidement incapable de le faire respecter. Le mécontentement est trop fort et les forces de l’ordre sont épuisées.
+ La demande des droites de plus de répression signifie plus de violence donc plus de chaos. Le RN veut-il vraiment faire campagne pour la présidentielle en incarnant un “macronisme de droite”?
+ La capacité de Jean-Luc Mélenchon à fédérer la gauche est évidente. Mais cela ne fait pas sortir de l’affrontement gauche-droite qui se profile. Au contraire, il est en train de se durcir
+ Avec un centre très affaibli mais qui restera en position d’arbitre pour donner à Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon les points qui leur manquent pour franchir la barre des 50% au second tour.
Faire partir Emmanuel Macron pour assainir la vie politique et apaiser les Français
Est-ce que nous voulons n’avoir le choix qu’entre:
+… un “parti de l’ordre” revigoré, dont le Rassemblement National aurait pris la tête…
+… ou une gauche ayant passé un accord tacite avec les macronistes pour ne pas purger l’appareil d’Etat après l’élection en échange du soutien électoral?
Dans les deux cas, le système de désintégration politique qui ronge la France depuis neuf ans, le macronisme, serait maintenu en vie et le pays continuera à s’enfoncer dans la dette, dans les haines entre Français, dans la soumission à des influences étrangères devenant toujours plus évidemment des tutelles.
Il n’est, au contraire, qu’une sortie acceptable à cette crise: la démission d’Emmanuel Macron, qui doit remettre son mandat au peuple français tandis que le président du Sénat, président par intérim, convoquerait une nouvelle élection présidentielle.
Un effort collectif
On a du mal à imaginer Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen faisant passer l’intérêt du pays avant toute autre considération et s’entendant a minima pour obtenir le départ d’Emmanuel Macron. Mais peut-être est-ce que je sous-estime leur patriotisme respectif.
Bien entendu, on pourra invoquer le risque d’attaque des marchés sur la dette française mais, qu’on le regrette ou non, il est peu probable que la classe politique existante y voie une raison de se hisser au-dessus d’elle-même.
Il est, dans tous les cas, nécessaire de rassembler des voix qui n’ont pas d’horizon électoral ni de contrainte partisane mais dont l’autorité morale et la capacité d’influences sont reconnues. Des voix qui disent haut et fort qu’à continuer avec un gouvernement qui se comporte comme en ce 17 octobre, le pays va vers une crise toujours plus grave – y compris budgétaire et financière – et une violence potentielle échappant totalement aux apprenti-sorciers qui l’ont déclenchée.
En particulier, la violence déchaînée sur ordre par les forces de l’ordre contre des lycéens a fait franchir un seuil intolérable et qui ne peut que nourrir, en retour, une violence sociale toujours plus grande.
La rencontre entre Dominique de Villepin et François Ruffin aux premiers jours des manifestations lycéennes et les propositions qu’ils ont faites ont donné un exemple de la voie à suivre. Mais il faut aller beaucoup plus loin: on ne proposera rien de bon pour la France sans exiger EN MEME TEMPS le départ de Monsieur Macron.
Faisons appel à l’intelligence de notre peuple
Mobilisons l’intelligence collective!
Pour infléchir la trajectoire actuelle, commençons par la création d’un large collectif où l’on retrouve des responsables religieux, des intellectuels, des universitaires, des journalistes, des influenceurs, des syndicalistes, des figures de proue des mouvements sociaux des neuf dernières années, des entrepreneurs, des fonctionnaires, des lycéens et des étudiants.
Il suffit de consulter les médias ou de passer du temps sur les réseaux sociaux pour constater que la prise de conscience du mal que la macronisme a fait au pays va croissante. Le souhait de voir le président démissionner est ce qui unissait tous les manifestants du 17 octobre.
Voulons-nous continuer avec un personnel gouvernemental incapable de gérer l’argent public? Voulons-nous continuer avec une gouvernance aussi sourde aux revendications des Français qu’elle est verticale et menée par l’autoritarisme? Voulons-nous d’un gouvernement qui fait frapper nos enfants par les forces de l’ordre? Voulons-nous que notre pays continue à se désindustrialiser et à détruire des emplois? Refusons-nous de répondre au grand espoir qui s’est levé dans la jeunesse? Voulons-nous d’un système qui dresse les Français les uns contre les autres pour se maintenir au pouvoir?
Il est possible de sortir de la crise, et même rapidement; mais à une condition: le départ du président en place, l’organisation d’une élection présidentielle avec quelques mois d’avance sur le calendrier. La suite du calendrier politique appartiendra au nouvel élu et à la majorité qu’il sera capable de constituer.
Mais il aurait une différence essentielle d’avec Monsieur Macron: il ne serait pas un individu solitaire, parachuté par des intérêts hostiles aux besoins des Français. Il prendrait ses fonctions au point d’aboutissement d’un effort d’intelligence collective.